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Jean-François Filiatrault : Université de Montréal
On observe dans la francophonie un intérêt grandissant pour les analyses critiques du handicap, intérêt qui se concrétise notamment par une volonté de contrer les discours individualistes, essentialistes et homogénéisant. Cette tendance se double d’une (ou plutôt prend assise sur une) mobilisation extensive de la littérature anglosaxone réputée plus élaborée et radicale.
Cette communication vise à revenir sur ces éléments pour les problématiser. La première partie revient sur une intellectualisation des études du handicap qui peut paraître plus au service des universitaires que de l’émancipation des personnes handicapées. La seconde partie porte sur le recours abondant aux réflexions anglophones qui, ironiquement, peut conduire à réessentialiser la catégorie et invisibiliser les rapports sociaux qui la précèdent en produisant implicitement une représentation ahistorique et non contextualisée de la catégorie.
Cette communication prend la forme d’un essai s’intéressant à la formation de la catégorie « personnes handicapées » et mettant de l’avant une réflexion épistémologique ainsi que militante ancrée dans les approches matérialistes historiques. Pour soutenir le propos, il est projeté de mobiliser des écrits théoriques, historiques et statistiques afin de rendre compte de certaines caractéristiques ayant marqué la construction de la catégorie au Québec et dans le reste du Canada.
Depuis les dernières décennies, des travaux mettent de l’avant une perspective critique des études du handicap. Ce champ interdisciplinaire donne également lieu à des critiques « de l’intérieur ». Des autrices et des auteurs, travaillant dans de nouveaux courants connexes, sont par ailleurs soucieux de développer leurs travaux « en dehors » des Critical Disability Studies. Des approches culturelles ou celle de l’affirmation identitaire comme acte politique émergent (ex. : études critiques de l’autisme, études [critiques] de la surdité, études de la folie). Avec l’essor de la société civile, les études critiques du handicap, de l’autisme, de la surdité et de la folie offrent des angles d’approche inédits non seulement pour appréhender la citoyenneté, la reconnaissance et les inégalités sociales, mais aussi pour questionner l’ancrage capacitiste des normes et des attentes sociales.
Parallèlement, au cours des dernières années, les savoirs expérientiels se sont imposés comme une nouvelle donne contemporaine, qu’il s’agisse d’intégration au développement de programmes de formation en intervention ou d’offre de services dans le réseau de la santé et des services sociaux. La reconnaissance de l’importance d’inclure les personnes dans les initiatives qui les concernent est croissante, et diverses structures se mettent en place pour le permettre (ex. : approche « patient-partenaire » qui tend s’étendre aux interventions dans les champs de la réadaptation; enseignement en partenariat avec des « patient·e·s » dans des programmes de formation en santé et services sociaux; « clientèle » des programmes de services; essor de l’intérêt pour les recherches participatives).
Mais qu’en est-il vraiment ? Ces nouvelles pratiques contribuent-elles réellement à l’amélioration des conditions de vie des personnes comme le préconise la recherche participative à caractère émancipatoire ? Comment freiner l’instrumentalisation des personnes par ces milieux et l’appropriation de leurs savoirs expérientiels et militants ?
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