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Camille Lavoipierre : Université Paris-Et Créteil Val-de-Marne
Le vêtement à l’école fait périodiquement débat en France ces trente dernières années, que ce soit au travers de questions concernant le port du voile ou « l’hypersexualisation » des filles, ou encore de propositions d’instaurer l’uniforme[1]. À rebours de ces propositions, n’existe-t-il pas déjà une « forme scolaire » (Vincent, 1980) du vêtement, c’est à dire une forme « spécifique » des vêtements tels qu’ils sont mis en relation avec « une forme socio-historique de transmission » (Vincent, 2008) ? Quelle place les rapports sociaux occupent-ils dans la reproduction de cette norme scolaire ? Une enquête de master a révélé qu’un contrôle différencié des corps des lycéen·nes s’exerce, notamment, à travers une « forme scolaire » du vêtement qui consiste à « ne pas se faire remarquer » (Lavoipierre, 2020). L’interprétation de cette règle s’est faite à partir de critères différenciés – d’âge, de classe, de race et de genre – et ce à travers la référence plus ou moins explicite aux figures repoussoirs de la « pute » et du « jeune de cité ». Ces résultats sont réinterrogés à partir d’un corpus élargi d’entretiens – menés avec vingt-huit lycéen·nes – et de notes ethnographiques issues d’une enquête de thèse menée dans trois autres lycées de région parisienne depuis 2020.
[1]Ces propositions sont soutenues tant par des ministres de l’éducation en poste – X. Darcos en 2003, J.-M. Blanquer en 2017 – que par des programmes d’opposition à droite et à l’extrême droite.
Dans le cadre du congrès de l’Acfas, la revue Genre Éducation Formation et le GT13 « Éducation et diversité » de l’AISLF, associé au RIED (Réseau international éducation et diversité), organisent un colloque transatlantique, qui propose de traiter la question du genre en éducation.
« On ne naît pas femme, on le devient » : l’importance de la question du genre en éducation est au cœur de la citation féministe la plus célèbre du monde francophone. À partir du moment où il est affirmé qu’aucune nature, qu’aucune biologie, qu’aucun destin préécrit ne permet d’expliquer (et de justifier) le monde social, à l’instant où on admet que « l’intervention d’autrui dans la vie de l’enfant est presque originelle et que dès ses premières années sa vocation lui est impérieusement insufflée » (de Beauvoir, 1949, p. 286), alors la question du genre en éducation et en formation devient centrale pour comprendre l’organisation sexuée de la société.
Comme l’ont souligné les auteures féministes des années 1970-1980, la sociologie française de l’éducation des années 1960-1970 s’est essentiellement préoccupée des inégalités de classes, reportant la « variable sexe » à un niveau secondaire. Après le texte pionnier de Liliane Kandel (1975), qui pointait le fait que le système éducatif français – malgré les principes d’égalité qui l’animent – discrimine les filles et les femmes, des ouvrages fondateurs de ce champ paraissent dans les années 1990. Nicole Mosconi (1989) interroge les effets de la mixité scolaire et crée peu à peu le concept de « rapport sociosexué au savoir » : si tous les individus ont le droit d’acquérir tous les types de savoirs, dans les faits, certains savoirs sont considérés comme tabous ou infamants, naturels ou transgressifs selon sa classe sociale et sa catégorie de sexe. De son côté, Marie Duru-Bellat (1990) rend compte de la façon dont l’école prépare les filles et les garçons à des rôles sociaux distincts. In fine, que l’on parle de didactique ou de pédagogie, qu’on l’aborde de manière transversale ou disciplinaire, qu’il s’agisse d’éducation des enfants ou de formation des adultes, que l’on se situe dans des institutions de formation ou dans des contextes non formels, il s’agit toujours de venir à bout de la hiérarchie inhérente au genre, soit en formant les individus de manière égalitaire, soit en débarrassant l’éducation des inégalités qui la traversent.
Nous vous proposons quatre thématiques :
Ce colloque est ouvert aux chercheur·ses de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales en lien avec l’éducation. Dans le but d’avoir un dialogue transatlantique, nous nous efforçons d’équilibrer les pays communicants. La jeune recherche est bienvenue.
Titre du colloque :