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David Grondin : Université de Montréal
Ce texte proposera une réflexion sur la guerre domestiquée faite à partir de son divan qui en vient à resignifier l’adage connu du « Home Sweet Home ». Comment la guerre vécue depuis la douceur du foyer, de la maison, voire du confort protecteur du divan en vient-elle à être domestiquée? Comment cette domestication de la guerre en vient-elle à reconfigurer l’espace de la demeure? Quand la guerre est perpétrée via les plateformes numériques de communication bien au-delà du champ de bataille, qu’en est-il de la perception de la guerre comme entreprise de production de violence de masse ? Surtout, que peut bien signifier « faire la guerre de son divan » (Shatilov 2014)? Suivant l’esprit de la critique de Ben O’Loughlin pour rendre compte de l’importance centrale de l’infrastructure qui permet la guerre et lui donne sens, ce texte explore de façon plus approfondie les paramètres qui renvoient à une conception de la guerre du divan et qui permettent de mieux comprendre la logistique des opérations militaires d’aujourd’hui. Quelles infrastructures qui permettent à la guerre de se faire, d’être représentée et surtout à de nouvelles formes de participation à la guerre de se manifester en pensant la guerre effectuée à partir du divan? Cela permet justement de mêler le numérique, l’infrastructure et la matérialité culturelle de la guerre ainsi domestiquée lorsque l’on s’arrête aux nouvelles affordances de participation à la guerre qui redéfinissent l’espace du citoyen(-soldat ?).
La pandémie de COVID-19 a été le creuset d’une intense circulation d’images présentant des canapés, divans et autres fauteuils meublant nos séjours. Demeurer à la maison dans son canapé y devenait tantôt un geste héroïque, tantôt un indice d’une société toujours plus atomisée, voire d’un repli sur soi témoignant d’un monde égocentré et d’une consommation ostentatoire. Les images de divans abondent dans la culture populaire, alors que ceux-ci sont mobilisés dans les productions médiatiques et les discours populaires afin de résumer un ensemble de relations sociales et de rapports de pouvoir : du cabinet de psychanalyse au sous-sol de banlieue, des réceptions familiales, aux balcons, affiches et soirées télé, aux nuits à l’extérieur de chez soi, ils permettent d’évoquer la liberté, l’identité et l’assujettissement, notamment. Dans le monde de la recherche, les divans sont aussi évocateurs. Si plusieurs qualifient de armchair des méthodes éloignées des communautés et des enjeux quotidiens, d’autres soulignent leur importance dans la valorisation de l’intuition et de l’imagination, et suggèrent ainsi que l’image du divan est révélatrice de politiques du terrain singulières.
Ce colloque est donc une invitation à considérer divans et canapés en tant qu’ils meublent nos vies autant pour leurs significations, pour les discours, politiques et idéologies qu’ils incarnent et véhiculent, pour leurs circulations, pour les relations sociales qu’ils rendent possibles ou touchent, pour l’attachement que nous leur vouons, pour leur articulation à une société de consommation, etc. Bref, il s’agit de les appréhender en tant qu’objets et phénomènes culturels qui peuplent nos quotidiens et nos habitations, dans la foulée d’une tradition d’analyse de la culture matérielle qui s’est imposée dans les sciences sociales depuis la fin des années 1970.
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