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Élisabeth Mercier : Université Laval
Dans les années 2000, au plus fort de la panique morale entourant l’hypersexualisation
des filles, les divans, sofas et autres chaises longues étaient le théâtre de bon nombre
d’inquiétudes exprimées par les adultes quant à l’autonomie sexuelle des jeunes. Parmi
celles-là, le « sofa party » que le quotidien Le Devoir présentait comme une activité
populaire au cours de laquelle des filles faisaient supposément des fellations à des
garçons assis en rangée « sur le sofa usé » (Chouinard, 2005). Si le divan symbolisait
encore récemment le lieu de la débauche adolescente, il cristallise aujourd’hui les craintes
quant à la soi-disant asexualité des jeunes qui seraient désormais à la recherche de
confort et de bien-être, plus intéressés par Netflix que par la sexualité. Dans tous les cas,
on estime que les jeunes ne vont pas bien et leur sexualité inquiète.
Dans une présentation au format critical karaoke, j’explorerai les enjeux
d’hétéronormativité et le double standard qui informent les discours publics et les
représentations de la sexualité adolescente, à partir de la place qui occupe le divan. Plus
précisément, je soulignerai l’injonction paradoxale avec laquelle les filles doivent sans
cesse composer, à savoir être sexuelle (ne pas se contenter d’écouter des séries sur leur
divan) mais pas trop (ne pas participer à un sofa party).
La pandémie de COVID-19 a été le creuset d’une intense circulation d’images présentant des canapés, divans et autres fauteuils meublant nos séjours. Demeurer à la maison dans son canapé y devenait tantôt un geste héroïque, tantôt un indice d’une société toujours plus atomisée, voire d’un repli sur soi témoignant d’un monde égocentré et d’une consommation ostentatoire. Les images de divans abondent dans la culture populaire, alors que ceux-ci sont mobilisés dans les productions médiatiques et les discours populaires afin de résumer un ensemble de relations sociales et de rapports de pouvoir : du cabinet de psychanalyse au sous-sol de banlieue, des réceptions familiales, aux balcons, affiches et soirées télé, aux nuits à l’extérieur de chez soi, ils permettent d’évoquer la liberté, l’identité et l’assujettissement, notamment. Dans le monde de la recherche, les divans sont aussi évocateurs. Si plusieurs qualifient de armchair des méthodes éloignées des communautés et des enjeux quotidiens, d’autres soulignent leur importance dans la valorisation de l’intuition et de l’imagination, et suggèrent ainsi que l’image du divan est révélatrice de politiques du terrain singulières.
Ce colloque est donc une invitation à considérer divans et canapés en tant qu’ils meublent nos vies autant pour leurs significations, pour les discours, politiques et idéologies qu’ils incarnent et véhiculent, pour leurs circulations, pour les relations sociales qu’ils rendent possibles ou touchent, pour l’attachement que nous leur vouons, pour leur articulation à une société de consommation, etc. Bref, il s’agit de les appréhender en tant qu’objets et phénomènes culturels qui peuplent nos quotidiens et nos habitations, dans la foulée d’une tradition d’analyse de la culture matérielle qui s’est imposée dans les sciences sociales depuis la fin des années 1970.
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