Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Annie Levasseur : École de technologie supérieure
La bioénergie occupe une place importante dans les trajectoires vers la carboneutralité, tout comme les solutions naturelles de captation de carbone, en particulier au Québec où les forêts occupent un large territoire. Or, dans les modèles énergétiques utilisés pour étudier ces trajectoires, les flux de carbone biogénique sont normalement ignorés puisqu’il est considéré que l’émission du contenu en carbone de la biomasse est parfaitement neutralisée par la captation de carbone de l’atmosphère pendant la croissance. De nombreuses recherches publiées au cours des dernières années ont démontré que de ne pas considérer les flux de
carbone biogénique pouvait mener à des conclusions biaisées pour deux raisons : 1) la production de bioénergie ne mène pas nécessairement à un bilan de carbone biogénique neutre, car les activités humaines dans les écosystèmes peuvent entraîner des perturbations des stocks de carbone et 2) la production de bioénergie peut devancer ou retarder des émissions de carbone, menant à un bilan non neutre à court ou moyen terme, ce qui entraîne des impacts sur le climat. Dans cette conférence, les enjeux liés aux flux de carbone biogénique seront d’abord expliqués. Ensuite, les résultats d’un projet visant à intégrer les flux de carbone biogénique dans un modèle technico-économique du secteur énergétique seront présentés afin de montrer leur influence sur les trajectoires de carboneutralité.
L’objectif de carboneutralité à l’horizon 2050 adopté par le Canada implique une transformation en profondeur de son système énergétique. Qu’il s’agisse de la production, du transport, du stockage ou de l’utilisation de l’énergie sous toutes ses facettes, l’ensemble des éléments du système énergétique doit être repensé. La complexité ainsi que l’ampleur des coûts et des choix nécessaires pour réussir cette transformation, de même que l’échéancier serré qui y est associé, nécessitent une analyse en profondeur afin de limiter les erreurs. Ce besoin est encore plus grand si l’on veut s’assurer que les investissements et les efforts qui y seront consentis permettront de progresser tant sur le plan énergétique que sur d’autres enjeux de société.
Dans ce contexte, la modélisation peut s’avérer un outil puissant pour explorer ces choix. Toutefois, si les modèles énergétiques et sectoriaux développés au cours des dernières décennies réussissent à évaluer avec une certaine précision l’impact des modifications à la marge du système énergétique actuel, la plupart de ceux-ci, qu’ils soient techniques, économiques ou sociaux, ne sont pas développés pour projeter correctement les diverses trajectoires de décarbonation profondes que l’on peut vouloir tester.
Ainsi, les modèles économiques et technico-économiques s’appuient sur des paramètres historiques dont la pertinence doit être remise en doute devant l’ampleur et le rythme des transformations. De plus, les modèles sectoriels, que ce soit en transport, en bâtiment ou pour des industries particulières, ciblent davantage la livraison du service que la transition énergétique. Finalement, ces modèles peinent à intégrer les changements de comportements, les rapports sociaux et autres enjeux extérieurs au système énergétique, bien qu’ils soient tout aussi déterminants pour celui-ci.
Ce colloque, organisé conjointement par le tout nouveau Carrefour de modélisation énergétique et l’Institut de l’énergie Trottier, vise à rassembler des chercheurs en sciences pures et appliquées, en sciences sociales et en économie pour discuter des enjeux liés au développement des modèles nécessaires pour accompagner le Canada vers la carboneutralité et élaborer des pistes pour avancer rapidement vers des solutions applicables, venant en appui aux décideurs.
Titre du colloque :
Thème du colloque :