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Adriane Luísa Rodolpho : Universidade Federal de Pelotas
Jeanne Favret-Saada est une ethnologue de nationalité française, née dans le sud de la Tunisie en 1934. Parmi ses recherches, celles sur la sorcellerie paysanne dans le bocage mayennais seront considérées comme des repères incontournables dans le domaine de l’anthropologie. Favret-Saada plongera dans le terrain pendant une vingtaine d’années. Son approche anthropologique sera reconnue par l’originalité de sa démarche de recherche, notamment par le recours à la psychanalyse dans le but d’éclairer ce que l’on tend à considérer comme de la sorcellerie. Dans cette communication, nous présenterons l’analyse faite par Favret-Saada de la lecture du jeu de Tarot mise en œuvre par son interlocutrice principale, Madame Flora. Notre objectif est d’apprécier la contribution de l’auteure à l’étude des rites. Selon Favret-Saada, ce type de rituel doit être compris dans le contexte d’une « ethnologie des thérapies », principalement à cause de ce que l’auteure identifie comme le dispositif rituel de « l’embrayeur de violence ». Ce dispositif permet à Madame Flora d’aider la personne qui se croit ensorcelée à sortir de la crise. À la fin d’une série de rituels, la personne est censée regagner la confiance nécessaire pour faire face aux situations de malheur et de détresse.
Le champ des études rituelles témoigne d’un phénomène d’invisibilisation de la femme. On reconnaît volontiers les contributions décisives d’auteurs tels que Marcel Mauss, Victor Turner, Gregory Bateson, oubliant les femmes ayant œuvré avec eux. Mauss a initié avec succès des femmes au monde de la recherche anthropologique, dont Germaine Dieterlein et Denise Paume. Edith Turner a, pour sa part, accompagné son mari, Victor Turner, dans le cadre de son enquête de terrain auprès des Ndenbus en Afrique, y retournant après son décès pour reprendre la recherche. Mary Catherine Bateson, anthropologue comme son père, risque d’être connue plus par les fameux « métalogues » avec son père que par ses propres contributions, dont notamment son regard sur la vie des femmes. Ce phénomène réclame une prise de conscience critique et une mise en valeur du rôle et des contributions des femmes pour l’émergence, la constitution et le développement des études rituelles. À titre d’exemple, aux noms de Mary Douglas et de Catherine Bell, nous souhaitons ajouter les noms d’autres femmes pionnières oubliées ayant contribué à façonner les études rituelles avec de recherches originales. Avec Susanne Langer et Judith Butler, il est possible de mettre en valeur les apports interdisciplinaires des femmes. Avec Hélène Lubienska de Lenval et Marjorie Procter-Smith, le potentiel critique du regard féminin sur les rites religieux peut être revisité. Avec Marina Abramović, enfin, l’audace de l’invention rituelle et performative peut gagner un nouvel élan. Le point focal de notre colloque est la mise en valeur de l’originalité et de l’audace des contributions féminines aux études rituelles.
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