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La vie, pas le jeu. L'Afrique en mode polar

DN

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Désiré Nyela : Université Sainte-Anne

Résumé de la communication

Centré sur l'enquêteur et, de ce fait, sur la détection (qui se manifeste à travers l'enquête), le roman policier a, à ses débuts, fait la part belle au jeu, articulé autour de la bataille des esprits entre deux de ses personnages clés et antagonistes : l'enquêteur et le criminel. Cette bataille a donné au roman policier l'image d'un genre tout en cérébralité – cérébralité dont les praticiens britanniques ont été les grands maîtres – l'orientant ainsi vers ce que j'appelle la ludicité.

Arrivé bien plus tard en Afrique, le genre, toujours aussi stable dans sa structure, va, avec les polaristes africains, s'éloigner du jeu pour s'ancrer dans la vie, la vraie vie, aimanté par un programme esthétique orienté, lui, vers le réalisme social. Ainsi, avec les praticiens africains, il n'est pas tant question de ludicité que de lucidité. Dès lors, les enjeux de cette communication n'en sont que plus clairs : examiner, à travers les déclinaisons du polar africain, la transformation du programme esthétique du genre – qui, faut-il le rappeler, passe de la ludicité à la lucidité – et voir les utopies qui s'en dégagent, ce à partir des oeuvres de quelques auteurs emblématiques à l'instar d'Achille Ngoye, Janis Otsiemi, Moussa Konaté, ou encore Abasse Ndione, pour ne citer que ceux-là.

Résumé du colloque

Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.

Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).

L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :

– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);

– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);

– Plurilinguismes et intertextualités;

– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;

– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 11 mai 2023

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