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Carole Natacha Fagade : Université de Strasbourg
En Afrique de l’Ouest, on assiste actuellement à une ruée des femmes vers Facebook, WhatsApp ou Instagram pour commercialiser leurs marchandises et services. L’acheteur contacte la commerçante par ces canaux numériques et passe récupérer la marchandise et payer de « main-en-main » en espèce ou, par mesure de sécurité, par transfert mobile. Bien qu'elles fragilisent l’infrastructure économique et technique en Afrique, ces pratiques ont un potentiel : celui de faciliter l’activité économique et sociale de groupes défavorisés comme les femmes (Fogue Kuate, 2020 ; Wamala Larsson & Svensson, 2018), les personnes à faibles ressources économiques (Wyche et al., 2019), et de permettre l’autonomisation des femmes (Maïdakouale Goube, 2021). Nous avons mené 20 entretiens semi-directifs et une observation directe et filmée auprès de 20 commerçantes (Niger et Bénin) autour de certaines pratiques comme la mise en vente des produits et la coordination avec les clients sur leurs téléphones. L’analyse de contenu thématique a révélé un discours qui semble imprégné par l’imaginaire techno-déterministe de la « révolution numérique ». Cependant, ce discours porte beaucoup d’exemples concrets et individuels de l’apport des boutiques numériques à l’autonomisation face aux contraintes socio-culturelles.
Dans le contexte actuel de transformation numérique de notre société, où les usages quotidiens des applications mobiles (tant par les individus que par les entreprises ou les États ou gouvernements) ont dépassé les prévisions les plus optimistes, il importe d’interroger les nouveaux enjeux et questionnements politiques, économiques, technologiques, éthiques, juridiques et culturels que soulève le recours massif à ces applications mobiles, tout en évaluant et en anticipant leurs incidences actuelles et à venir sur la société, notamment en ce qui concerne les occasions et les risques.
En effet, au-delà des incantations magiques liées à la société du « tout numérique », les applications et services mobiles offrent d’innombrables occasions pour les entreprises et des bénéfices concrets en ce qui touche l’amélioration des conditions de vie pour les citoyens et utilisateurs dans des domaines tels que la santé et le bien-être; l’agriculture; l’environnement; l’intelligence urbaine; les services financiers et bancaires; l’éducation; ou encore l’accès à la culture. Par ailleurs, l’usage de ces applications présente des risques élevés, voire des menaces, pouvant avoir des effets non négligeables en matière d’empreinte carbone et d’impact environnemental, de surveillance massive, de sécurité et de vol de données, d’intrusivité et de violation de la vie privée, de nouvelles inégalités ou fractures numériques, etc.
Au regard de tous ces enjeux, les conférences et communications qui seront présentées dans le cadre du colloque tenteront d’apporter des éléments de réponses aux questions suivantes : 1) En quoi, les applications mobiles servicielles reflètent-elles ou ont-elles une incidence (positivement ou négativement, et durablement) sur nos modes de vie ainsi que l’évolution de nos sociétés ? 2) Dans quelle mesure peuvent-elles constituer un appui à un changement comportemental dans nos rapports (individuel et collectif) à la technologie et dans notre manière de concevoir le progrès technologique et ses incidences potentielles sur notre société et sur le développement, dans une perspective durable ? 3) Enfin, qu’en est-il du rôle des pouvoirs publics face aux défis de régulation que posent ces dispositifs (sociotechniques) mobiles (qui ne sont pas neutres) et leurs développeurs ou fabricants par rapport à l’intérêt public, à l’épanouissement des personnes qui les utilisent et à un développement numérique généralisé de la société qui soit plus inclusif, durable et équitable pour tous ?
Toutes ces questions seront abordées de manière transversale au fil des six axes thématiques du colloque, qui sont les suivants : 1) Applications mobiles, société et consommation; 2) Applications mobiles, santé et bien-être; 3) Applications mobiles, cultures et découvrabilité des contenus locaux; 4) Applications mobiles, 5G et IA; 5) Applications mobiles au service du développement; et 6) Applications mobiles, vie privée, régulation et gouvernance publique.
Titre du colloque :