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Le «conte à rebours» : du roman populaire au roman familial dans African psycho d'Alain Mabanckou

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Eugène Nshimiyimana : McMaster University

Résumé de la communication

Considéré souvent dans un rapport intertextuel avec American Psycho de Brent Easton Ellis (1991), African psycho d’Alain Mabanckou (2003) est riche d’une exégèse orientée entre autres vers le macabre (P.A Atcha, 2009), la psychose (J. Walsh, 2009) et le contexte sociopolitique qui constituerait la sociogénèse de la déviance (M. Libin, 2016). Si l’Afrique y trouve son compte pour la dérive morale d’une jeunesse désemparée, il nous semble que Mabanckou, en proposant à ses lecteurs ce roman où espionnage et enquête à l’envers sont aux premières loges, cherche à rendre compte d’une énigme autre que celle d’un crime commis ou en gestation. Le présent travail partira du postulat que la veine populaire qui donne sa trame au roman est un prétexte qui permet à l’auteur d’amener le lecteur dans les soubassements du roman familial (M. Robin, 1972). Travaillant avec adresse les structures archaïques de l’imaginaire, Mabanckou situe « l’idéal du mal » de Nakubomayo dans un processus de subjectivation, par violence mimétique (R. Girard, 1972), du sujet engagé dans une en-quête symbolique des origines et du devenir.

Résumé du colloque

Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.

Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).

L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :

– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);

– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);

– Plurilinguismes et intertextualités;

– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;

– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 11 mai 2023

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