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Emeline Pierre : Université de Montréal
Sous-représenté en tant que figure criminelle dans le roman policier caribéen, le personnage féminin incarne le plus souvent le stéréotype de la victime. Dans La couleur de l’agonie, Gisèle Pineau (2021) met en scène une pluralité de délinquantes. Violées ou témoins de ces exactions, elles s’érigent en justicières lorsqu’il s’agira de venger les victimes. Dès lors, il conviendra de se pencher sur l’héroïne criminelle en esquissant une typologie de ces personnages féminins lorsqu’ils utilisent la violence. Parmi diverses interprétations, l’exercice du crime constitue un renversement de paradigmes où ces protagonistes quittent leur statut de victime pour symboliser, dans le crime, la résistance à l’oppression. Cette situation équivoque brouille les frontières entre le bien et le mal. Par leurs transgressions, ces personnages interrogent l’imaginaire social caribéen dans ses rapports à la violence féminine et à la violence exercée à l’encontre des femmes. Ainsi, l’essor du polar caribéen francophone s’enrichit d’un discours féministe qui conteste le canon fondé sur la suprématie masculine.
Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.
Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).
L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :
– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);
– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);
– Plurilinguismes et intertextualités;
– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;
– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.
Titre du colloque :