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Émile Fromet De Rosnay : University of Victoria
Dans le contexte de l’île Maurice, nous explorerons le parallèle entre nature et langage, entre hybridité culturelle, une créolité menacée par l’homogénéisation mondiale, et une biogéographie insulaire qui fait face à l’effondrement climatique. Comment concevoir théoriquement et poétiquement l'intersection de la nature et de la culture, surtout où le langage pose des problèmes onto-épistémologiques dans le contexte du posthumanisme ? Une poétique qui entame un dialogue avec la nature, qui s'écarte d'une logique instrumentale, vers une logique ouverte et participative du langage. Comment générer une relation avec la nature qui ne s'appuie plus sur les modèles de communication traditionnels. Une multimodalité improvisée qui « écoute » les algues : d’abord, enregistrer avec des hydrophones et transformer le code numérique en poésie numérique composée de mots et de phrases du parler mauricien; ensuite, créer des paysages et cartes sonores de l'île en écho à la biologie et à la géographie ; filmer ce processus à travers des méthodes de vidéo gestuelle; enfin, créer un dialogue entre les volets recherche et créatifs. Comme recherche-création, l’objectif est alors double, où le volet création s’avère « théorique » à part entière (Manning), en correspondance avec la recherche, qui à son tour informe le travail de création. Cette communication parlera aussi des défis poétiques, méthodologiques et éthiques du projet.
Les vingt dernières années ont été le théâtre de nombreuses réflexions sur les modalités de cette « nouvelle » méthodologie, de cette « discipline » fuyante et insaisissable qu’est la recherche-création, et aucun consensus ne se dégage de ces décennies d’intelligence collective sinon que la recherche-création échappe à toute tentative de cristallisation définitive. Il semble alors de moins en moins utile de tenter de la définir et de la concrétiser avec une typologie unanime. Les organismes subventionnaires et les universités en signalent la dualité dans leurs définitions officielles – la recherche-création engendre à la fois production de connaissances (recherche) et innovation artistique (création) –, mais n’imposent ni forme ni extrant.
En parallèle, un corpus important de travaux et d’œuvres artistiques, dans le contexte post-humain et de la crise écologique, cherche à décentrer l’être humain pour considérer le non-humain depuis une posture d’altérité redéfinie. La recherche-création contribue, ne serait-ce qu’en bouleversant les paradigmes statiques de production et de mobilisation du savoir, au développement de ces postures que les études post-décoloniales et situées ont rendu possibles. Pensons à Peter Sloterdijk et à sa distinction entre l’allotechnique et l’homéotechnique (voir Domestication de l’Être, 2000), par exemple, ou encore à Marielle Macé, qui appelle à envisager une « biophilie » au lieu d’une « biologie » (voir Nos cabanes, 2019).
Ce colloque ne cherche pas à enfoncer des portes ouvertes; les interventions qu’il suscite s’attardent à penser les divers chemins de la recherche-création d’une manière attentive aux enjeux sociaux, culturels et politiques qui découlent d’une telle démarche.
Titre du colloque :