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Le jeu d’imitation comme méthode pour tester les producteurs et leurs publics, réels et imaginés : Étude de cas de Radio-Canada Ottawa-Gatineau

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Philippe Ross : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Qu’est-ce qui caractérise le public d’un média donné et dans quelle mesure les producteurs le connaissent-ils ? Des recherches récentes se sont penchées sur le « public imaginé » de journalistes (Coddington et collab. 2021 ; Nelson 2021) et d’usagers des médias sociaux (Gil-Lopez et collab. 2018 ; Litt et Hargittai 2016), mais celles-ci n’ont généralement pas cherché à mettre les connaissances des producteurs à l’épreuve – encore moins avec le concours des publics concernés. C’est ce que nous avons fait dans le cadre d’un projet qui conceptualise l’orientation des producteurs vers leurs publics et les connaissances tacites au cœur de leurs pratiques (Ross 2014), et qui déploie – pour la première fois en communication, à notre connaissance – la méthodologie du jeu d’imitation (Collins et Evans 2017, 2013 ; Collins et collab. 2017), proche parent du test de Turing.
Cette communication présentera les résultats d’une série de 12 jeux d’imitation au cours desquels des artisans de Radio-Canada Ottawa-Gatineau ont tenté de passer pour des membres de leur auditoire aux yeux de fidèles auditeur·rices jouant le rôle de juges. Au-delà du taux de réussite des producteurs dans ce contexte, la communication portera sur les particularités de la méthodologie et ses avantages pour l’étude des publics, auditoires ou communautés de fans, notamment la production de données qualitatives potentiellement très riches en ce qui a trait à l’identité du groupe-cible.

Résumé du colloque

Depuis les années 1990, les études de fans ont participé à déconstruire les préjugés tenaces à l’endroit des fans, souvent perçus comme peu réflexifs et obsédés par leur objet culturel favori. Ces recherches ont démontré la réception active et même performative des fans, en documentant leurs pratiques culturelles, allant de la création de contenu (fan fiction, fanart) à la médiation culturelle (fan subbing). Les communautés de fans, nommées fandoms, offrent des espaces de négociation aux idéologies représentées dans les productions culturelles. D’ailleurs, plusieurs recherches démontrent que les pratiques de réception des fans leur permettent de critiquer les productions médiatiques (Jenkins, 1992).

Bien que les études de fans se soient constituées en champ de recherche fécond (Bacon-Smith, 1992; Jenkins, 1992), elles restent sujettes à certaines critiques qui entravent leur quête de légitimité (Evans et Stasi, 2014). La position des chercheur·se·s en études de fans est sujette à contestation (Hannell, 2020) et le champ entretient des rapports ambivalents quant à la méthodologie. La définition de la notion même de fans est critiquée (Sandvoss et al., 2017), alors que des recherches plus diversifiées permettraient de prendre en compte d’autres expériences (anti-fans, non-fans, etc.) et profils de fans (queers, personnes racisées, etc.). Néanmoins, les travaux sur les fans forment une contribution manifeste et même innovante à l’aspect entremêlé des pratiques de réception en ligne et hors ligne (Evans et Stasi, 2014), à l’appropriation et au détournement de la culture populaire (Bourdaa, 2021), ainsi que aux contextes de créations et productions de contenus numériques (Hills, 2015).

Depuis 30 ans, les Fan Studies forment un champ de recherche dynamique, surtout dans les milieux anglophones. Du côté de la recherche francophone, les études de fans, après avoir accusé un certain retard, semblent entrer dans une phase importante de structuration. Par exemple, l’Association française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC) a récemment labellisé Groupe d’étude et de recherche « Fans » (GER Fans), coordonné par Mélanie Bourdaa.

Ce colloque, présenté dans le cadre du congrès de l’Acfas 2023 (colloque no 403), représente ainsi une occasion de réunir des chercheur·se·s francophones provenant de chaque côté de l’Atlantique. L’événement, en personne et en ligne, offrira ainsi une occasion fertile de contribuer à la structuration du champ d’études en français et de saisir le momentum entourant l’intérêt renouvelé autour des fans et leurs pratiques, autant chez les chercheur·se·s que chez les étudiant·e·s.

Les trois axes suivants seront mis de l’avant : 1) les enjeux méthodologiques; 2) la diversité des identités de fans; et 3) la dimension politique des pratiques de fans.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 11 mai 2023

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