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Laure Bourgault : UQAM - Université du Québec à Montréal
Quels outils offre l’étude des images dans les efforts menés contre les entreprises de dépossessions territoriales et d’extractivisme environnemental ? À travers l’étude de représentations médiatiques qui accompagnèrent le développement hydroélectrique du nord du Québec, j’aimerais proposer une réflexion sur la fétichisation nationaliste des infrastructures et leur rôle dans l’édification d’une modernité québécoise. Plus que des constructions techniques, les barrages hydroélectriques sont aussi des monuments et des performances (d’une conception du progrès) – des objets esthétiques, médiatiques et politiques. En ce sens, les études visuelles peuvent offrir un apport singulier aux recherches anthropologiques menées sur les infrastructures énergétiques. Approcher des phénomènes sociaux complexes tels que les projets hydroélectriques exige de naviguer entre les balises disciplinaires afin d’être en mesure de saisir leur densité culturelle.
Au Québec, l’abondante « mise en images » des barrages vint camoufler l’invisibilisation parallèle des réseaux électriques et de leur rôle dans la dissémination du pouvoir politique et social. Prenant comme point d’appui le projet d’une iconographie critique de l’hydroélectricité, j’aimerais esquisser une réflexion sur le potentiel des images (médiatiques, artistiques, documentaires) dans les processus d’organisation collective, de stratégies spéculatives et de reconnaissance juridique.
Le Centre d’exposition de l’Université de Montréal présente le colloque « Les frontières disciplinaires entre arts visuels, architecture, paysage et design : autour de Pierre Granche (1948-1997) ». L’événement est tenu à l’occasion du vernissage de l’exposition Granche / Atelier / Ville, qui se poursuivra jusqu’au 12 août 2023 au Centre d’exposition. Le colloque et l’exposition soulignent le 25e anniversaire du Centre d’exposition de l’UdeM et le 75e anniversaire de naissance de Granche.
Ayant pour point de départ la pratique de Pierre Granche, artiste en arts visuels et professeur à l’Université de Montréal, le colloque souhaite mettre de l’avant le caractère complémentaire de pratiques créatives. Alors que Melvin Charney a développé sa démarche artistique en continuité avec son travail d’architecte, Granche a établi des liens tangibles avec l’architecture, le paysage et l’ingénierie au cours de sa carrière. Il a collaboré avec des chercheur·se·s et des professionnel·le·s de divers domaines dans la conception et la réalisation de ses œuvres, en plus d’être un important acteur du développement de l’art public au Québec. Son travail témoigne d’abord d’une préoccupation pour les principes fondamentaux, notamment géométriques, de l’architecture, puis du vocabulaire et de l’histoire de cette discipline.
Les institutions qui régissent tant l’enseignement que la pratique des arts visuels, de l’architecture, du paysage et du design ont tendance à circonscrire, avec plus ou moins de clarté, ces disciplines dans une perspective de division du travail. Sur le terrain, force est de constater que les frontières entre ces différentes pratiques tendent à se brouiller et à s’estomper. Plusieurs créateur·rice·s travaillent aujourd’hui à la frontière des disciplines, comme l’ont fait Granche et Charney, ainsi que d’autres, dont l’Étatsunien Gordon Matta-Clark. Cela montre l’intérêt d’étudier certes les limites entre les champs de pratique en question, mais surtout de plonger dans l’espace liminal qui se déploie entre eux. Comment les disciplines se définissent-elles et s’enrichissent-elles en interaction les unes avec les autres? Par quels processus la singularité d’une discipline se définit-elle? Les frontières entre les disciplines sont-elles nécessaires et comment peut-on les saisir dans une perspective historique?
Le colloque désire encourager le dialogue entre des travaux de recherche et de recherche-création issus de différentes disciplines et domaines (arts visuels, histoire de l’art, sociologie, anthropologie, études urbaines, architecture, paysage, design, etc.), afin d’enrichir les points de vue et de souligner le caractère interdisciplinaire qui a caractérisé la pratique artistique de Pierre Granche.
Titre du colloque :