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Lavínia Magiolino : Universidade Estadual de Campinas
Vygotsky (1996; 1998) a défendu la centralité de la théorie des affects de Spinoza dans la Psychologie et le dépassement de sa crise. Ses idées sont encore très fructueuses dans un scénario où les affects assument le rôle principal et l'imposition d'un ordre rationnel néolibéral de concurrence continue, avec l'établissement de l'entreprise comme un mode de vie social et de l´existence subjective (Dardot et Laval, 2016). Dans cette logique, les compétences socio-émotionnelles prennent de l'importance dans les politiques éducatives délimitant la formation humaine et subvertissant l'activité enseignante. Dans ce contexte, cette communication aborde le rôle des émotions dans de la politique éducative au Brésil. Elle repose sur une analyse de documents et pratiques directeurs et elle défend le contrepoint vital de la théorie historico-culturelle. Elle montre comment les émotions sont traitées comme une compétence individuelle acquise à l'école (sous forme de marchandise) et sont au cœur de la (con)formation d'une subjectivité auto-entreprenante (par les élèves et les enseignants). Nous les discutons à partir des concepts de perejivánie et drame ainsi que de ceux de puissance d'action, ingenium et liberté. Ce faisant, les affects sont déprivatisés et acquièrent un sens d'insurrection et de liberté, au-delà du contrôle et de la conformation des corps et des sujets et fondent une praxis éducative transformatrice qui vise une subjectivité insurgée.
Ce colloque a pour but de problématiser la question de la fonction des émotions dans les situations de recherche-intervention à visées transformatives (RIT). Il s’inscrit dans les débats actuels animant la recherche dans le champ de la psychologie historique du développement culturel fondée par Vygotskij (voir Dionne et Jornet, 2022 ou Fleer, Gonzales Rey et Veresov, 2017) autour de celle-ci. Bien que cette question traverse l’ensemble de ses travaux, force est de reconnaître que Vygotskij (1998) ne propose que les prolégomènes d’une théorie des émotions (Holodynski, 2013). Ainsi, celle-ci reste un chantier ouvert (Clot, 2019) auquel ce colloque cherche à contribuer. De manière plus précise, l’accent sera mis sur le processus de transformation des émotions en situation de RIT ainsi que sur les conditions à réunir dans de telles situations pour engager les personnes dans un redoublement de l’expérience en mesure de soutenir le développement de la puissance d’agir. Il s’agit non seulement d’analyser les transformations dans la résonance émotive de l’expérience vécue de l’activité, mais aussi de s’interroger sur la fonction dynamogène des émotions dans le développement de la vie intérieure et des capacités à transformer le monde comme y invite Vygotskij (1998). Il s’agit aussi de problématiser la question de la liberté dans les situations de RIT au regard de l’influence exercée par L’Éthique de Spinoza dans la réorganisation de la pensée de Vygotskij au crépuscule de sa vie (Zavershneva, 2010; Séverac, 2022). Celle-ci constitue peut-être pour Vygotskij une orientation normative pour toutes les RIT (Saussez et Dupuis-Laflamme, 2022). Une telle orientation repose alors sur l’idéal de la préservation par la personne de sa propre capacité et de celle des autres à être touchés et à transformer ses affections en actions libres. Elle invite à prendre au sérieux les rapports entre pensée, action et émotion dans l’étude du développement de la puissance d’agir en situation de RIT.
Titre du colloque :