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Le roman sentimental caribéen : contre-discours du roman sentimental conventionnel ?

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Mylène Dorcé : Université de Montréal

Résumé de la communication

Qualifié de « populaire » par les spécialistes des « belles lettres » et classé dans la catégorie de « sous-genre », le roman sentimental souffre d’un stigmate dont il peine à se débarrasser[1]. Pourtant, la notoriété de certaines maisons d’édition, comme la célèbre firme Harlequin, qui compte à son actif plus de 50 millions de lectrices, et dont les chiffres d’affaires dépassent les 200 M $ annuellement, prouvent que l’intérêt pour le « roman à l’eau de rose » est loin de s’estomper[2], démontrant que la formule classique consistant en « de la romance, des épreuves, une happy end[3] », a été la recette gagnante ayant assuré sa pérennité. Cette communication verra comment, dans Sonson de la Martinique et Cruelle destinée, Irmine Romanette et Cléante Desgraves vont à l’encontre la formule classique du roman sentimental et créent des univers tragiques dans lesquels « amour » et « malheur » sont des termes synonymes, et la notion du « happy end » est annihilée.

[1] Voir Bernard Mouralis, Les contre-littératures, Paris, Presses universitaires de France, 1975.

[2] Voir, entre autres, Ellen Constans, Parlez-moi d’amour : le roman sentimental : des romans grecs aux collections de l’an 2000, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 1999.

[3] Voir, entre autres, « Harlequin : le succès du roman à l’eau de rose ne se dément pas », RTL, https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/harlequin-le-succes-de-la-litterature-a-l-eau-de-rose-ne-se-dement-pas-7900088871

Résumé du colloque

Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.

Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).

L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :

– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);

– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);

– Plurilinguismes et intertextualités;

– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;

– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 11 mai 2023

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