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Maite Snauwaert : University of Alberta
Dans le corpus des journaux de deuil que j’examine, émerge un sous-corpus : celui qui porte sur des suicidés, morts chaque fois brutales et tragiques, et cette surprise intense. Que nous laissent ces suicidés, père frère mari fils et ami, de leur empreinte et d’un devoir nôtre alors, devoir sans remède et qui n’a plus alors comme seul recours, ou unique, pour toutes ces Antigone tournant autour de la tombe, que l’écriture ? C’est en le notant que je remarque cette répartition genrée, et je ne sais ce qu’elle dit d’un soin propre, car l’ensemble du corpus des journaux de deuil est produit par des hommes autant que des femmes. Pourtant, dans l’agentivité propre à nos morts si bien mise de l’avant par Vinciane Despret dans Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent (2015), il semble que les suicidés, avec leur mort énigmatique, leur mort non plus ailleurs ou plus-loin extérieur, mais portée à son énigme jusque dans la vie, font écrire plus encore, et des récits plus fragmentés et durs, plus sophistiqués et novateurs aussi. À cet agir des morts répond, selon Myriam Watthee-Delmotte, l’agir de la littérature – sous-titre de son bel essai Dépasser la mort (2019). Bough Down de K. Green, The Guardians de S. Manguso, The Suicide Index de J. Wickersham, Si la mort t’a pris quelque chose rends-le de N. Aidt, et J’ai perdu toutes mes pattes blanches je n’en ai plus de S. Laliberté, seront mes exemples et mes guides pour mener cette réflexion.
La pandémie a mis de l’avant la question du soin prodigué à autrui à l’échelle de la planète (Dalmiya, 2020). Comme l’a dit, en 2020, le docteur Fauci : « Now is the time, if, ever there was one, for us to care selflessly about one another. » Notre programme de recherche-création veut penser la question urgente des philosophies et pratiques du soin par le truchement des changements de paradigmes que connaissent les réflexions actuelles sur la santé (Fairman, 2022). Si la médecine et la science ont été très sollicitées mondialement, se sont parallèlement manifestés une nouvelle sensibilité au souci de l’autre (Gary et Berlinger, 2020), un sentiment planétaire d’appartenance à une vulnérabilité commune (Parker et Ferraz, 2021), une véritable prise en compte des inégalités sociales, des injustices criantes qui déterminent la santé des individus (Stantcheva, 2022), une sortie réelle ou imaginaire de l’ombre des « anges gardiens » (les préposé.e.s aux soins de toutes sortes) (Satyre, 2021), des mises en place de politiques étatiques prophylactiques destinées à protéger les populations (Abdoul-Azize et El Gamil, 2021), des échecs à sauver la vie des personnes âgées (Carter Anand, et al., 2021), un désir d’inventer de nouvelles façons de penser, une explosion des soins palliatifs (Menjak et Ellis, 2022) et de l’aide médicale à mourir (Whitelaw, Lemmens et Van Spall, 2022). S’est donc modifiée la nature même de l’aide apportée à des êtres vulnérables au moyen de différentes méthodes et disciplines, notamment dans la relation au numérique où les recherches Internet et les applications sont omniprésentes dans l’autosoin et le soin (Banner, Carlin et Cole, 2019; Banner, 2017).Tout ceci nous demande de recontextualiser et de redessiner la pensée de l’accompagnement et du soin à l’heure actuelle de façon interdisciplinaire et aussi en recherche-création, et à nous demander ce qu’est un soin et comment le donner.
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