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Fernand Nouwligbeto : Université d'Abomey-Calavi
A ce jour, Dèhoumon Adjagnon, alias « Baba Yabo » est le comédien de théâtre populaire le plus connu au Bénin. Trente-huit ans après sa disparition tragique le 1er février 1985 à l’âge de 60 ans, cet artiste continue d’égayer les Béninois. A domicile, sur les radios, dans les buvettes, les taxi-villes ou les taxi-brousses, on continue de visionner ou d’écouter ses spectacles. Tant par la thématique que par l’esthétique, Baba apparaît comme un iconoclaste, mais qui a peu intéressé la critique universitaire. Cette étude est une contribution à la connaissance de l’univers artistique de Baba Yabo et de sa troupe « Tonwakonou » (« Sors de chez toi pour rire », en français). Quels sont les fondements artistiques de leur succès et de leur popularité ? En postulant un usage original des ressources des langues nationales (gungbe, yoruba) et du français, ajouté à des choix thématiques bien insolites par ces artistes, il sera envisagé, sur la base de la sociocritique et de l’analyse de discours, d’analyser un corpus d’œuvres représentatives de leur production afin d’en montrer la pertinence et à un moment où le théâtre béninois d’expression française semble en pleine crise.
Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.
Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).
L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :
– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);
– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);
– Plurilinguismes et intertextualités;
– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;
– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.