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Virginie Boelen : UQAM - Université du Québec à Montréal
Partant du principe que l’être humain se forme tout au long de la vie selon un processus tripolaire ; à la fois dans sa relation au monde (éco), aux autres humains (socio, hétéro, co) et dans la prise de recul sur son expérience en interaction permanente avec son environnement physique et social (auto) (Pineau, 1989 ; Galvani, 2020), nous nous intéressons tout particulièrement à la dimension formatrice des expériences en nature comme vecteur de création de sens et de connaissance. Ancré à la fois dans le paradigme de la complexité d’Edgar Morin autour du principe d’auto-éco-(ré)-organisation (Morin, 2008) et de celui de la transdisciplinarité (Nicolescu, 2014) qui réintroduit le sujet connaissant dans la connaissance, nous décrirons les grands axes du modèle heuristique d’écoformation vécu par l’être humain dans sa relation directe à la Nature. Nous verrons comment cette relation écoformatrice active un processus de subjectivation de l’individu en plus de renforcer son identité écologique (Boelen, 2022). On pourra y voir des points d’arrimage avec le courant bio-cognitif de Varela (Varela et al., 2016) ainsi qu’avec l’épistémologie autochtone lorsqu’il est question de mobiliser une approche holistique (Boelen, 2022 ; Cajete, 1994).
Si l’écoformation fait partie des apprentissages informels, cette communication illustrera la façon dont celle-ci peut être mobilisée en éducation formelle à partir de projets d’accompagnement d’enseignants, réalisés en France et au Québec.
On assiste depuis la pandémie à une résurgence de démarches pour faire une « école/classe dehors » aux appellations variables, qui mobilise une pédagogie répondant à un processus d’éducation par la nature. Le bien-être mental et physique que procure le fait d’être dans la nature, en plus de favoriser les apprentissages (Ayotte-Beaudet et al., 2022; Green et Rayner, 2022; Kuo et al., 2019; Mygind et al., 2019), en démontre la pertinence.
En filigrane des questionnements didactiques posés récemment, notamment dans le cadre du Colloque international Les pratiques d’éducation par « la nature » : quels enjeux pour la formation des professionnel·le·s?, qui s’est tenu en France en juillet 2022, se profilent d’impératives questions d’ordre épistémologique portant sur les paradigmes qui induisent de telles pratiques. Ainsi, il s’agit de s’interroger sur les épistémologies qui sous-tendent les éducations dans et par la nature ou, dit autrement, par le territoire. Plus largement, au-delà de toute structure en milieu formel ou non, quel rapport au(x) savoir(s) sous-tend les apprentissages dans et par la nature ou le territoire?
Certains font appel au principe de l’écoformation intégrant le paradigme transdisciplinaire de la complexité (Girault et Galvani, 2021), d’autres se reportent aux épistémologies autochtones (Battiste, 2002; Four Arrows et al. 2010; Hart, 2010; Wilson, 2013). On pourrait également citer l’écosophie de l’écologie profonde d’Arne Naess (2008) introduisant le principe de l’altérité élargi au monde vivant. Le principe de l’énaction proposé par Varela (Aden et Preller, 2020; Varela et al., 2017) ou encore l’écopédagogie de Gutiérrez Bastida et Gadotti (Gutiérrez Bastida, 2022), considérant l’être humain comme « la nature prenant conscience d’elle-même » (Pereira, 2019, partie I.3), sont d’autres axes possibles.
De telles conceptualisations du rapport au(x) savoir(s) qui se construit dans le rapport au monde (Charlot, 2021) permettront alors de clarifier le cadrage d’approches éducatives innovantes dans et par la nature, renforçant notre identité écologique (Vogels, 2007).
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