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L'Osmose avec la Matière : Atmosphères d'Attachement dans la Pratique Contemporaine de l'Alchimie

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Harry Danon : Université McGill

Résumé de la communication

À partir de mon terrain ethnographique de Master réalisé auprès de praticiens de l’alchimie en France et en Italie, je souhaite explorer la manière dont des pratiques de transformation de plantes en alchimie cristallisent, au travers d’un savoir-faire technique, un savoir-être s’épanchant au-delà des limites du contact avec les plantes elles-mêmes. À l’appui d’une vignette ethnographique sur la production d’un élixir de mélisse avec Édouard, un praticien vivant à Angoulême, je commencerai par détailler ce que mes informateurs appellent une « osmose avec la matière », autrement dit un état de syntonie affective entre plantes et praticiens. J’expliquerai ensuite que cette « osmose » possède à la fois une valeur technique - c’est un lieu d’échange indexant la réussite ou l’échec des opérations de transformation – et cosmologique – c’est un médium de découverte des processus fondamentaux à une conception alchimique de la vie végétale, animale et minérale. En prenant en compte ces deux aspects, je proposerai pour finir de comprendre l’ « osmose » comme le lieu de production d’atmosphères (Ben 2009; Ben & Ash 2015) affectives. Coextensives à la rencontre humain-plante, ces atmosphères sont diffractées en un savoir dont la dimension non-représentationnelle véhicule une forme particulière d’être-au-monde. Ce dernier point sera illustré par une autre vignette tirée de ma rencontre avec Marc, un ex-praticien vivant en Vendée.

Résumé du colloque

Ces dernières années, les études sur les plantes ont été profondément renouvelées. On s’est en effet rendu compte à quel point le végétal est resté largement impensé (Coccia 2016). Bien qu'ils soient omniprésents, les végétaux sont en fait difficiles à appréhender. Leur puissance affective notamment, laquelle agit sur, dans et à travers nous, est largement ignorée. Inspirée par la philosophie, l’anthropologie propose depuis quelques dizaines d’années de nouvelles façons de composer avec le végétal. Le colloque vise à explorer un éventail de thématiques contemporaines situées au nexus humain-plante, avec un intérêt particulier pour les recherches qui dépassent la plante ou l’humain comme entités discrètes pour s’intéresser à ce qui se créée dans la rencontre. Les approches ou méthodes qui prennent corps depuis le végétal, comme apprendre à écouter les plantes, à devenir attentif à leurs vitalités (Chudakova 2017 ; Nathen 2018), étirant nos habiletés perceptives (Gibson 2018), nous incitant à « devenir- senseur » (Myers 2016), voire devenir-plante (Laplante et Brunois-Pasina 2020), sont d’intérêt particulier, sans être exclusives. Il peut s’agir d’écritures vivantes ou performatives, voire aussi appelées poétiques ou phénoménologiques permettant de rester proche des contextes et pratiques ou évitant des formes d’écritures objectivantes, voir celles que Taussig (2018) qualifie d’écritures « agribusiness ». Nous proposons de plonger dans les plis de la vie des végétaux, au sens de Michaux (1990) ou de l’approche rhizomique de Deleuze et Guattari (1980), voire d’explorer la diversité de ce que Hustak et Myers (2012, 2020) appellent des récits involutifs, laissant place aux affects, aux textures, aux sensations, aux arômes, aux vitesses et aux lenteurs végétales.

Plusieurs recherches dans ce domaine en anthropologie se sont portées sur les usages que les humains font des plantes ou ce que les plantes font aux humains, il demeure que les potentiels affectifs imprévisibles et toujours en suspens, sont moins abordés (Laplante et Brunois- Pasina 2020). Il s’agit donc d’explorer de nouvelles méthodologies plus attentives aux sens et aux affects, et de questionner autant la recherche elle-même que la façon dont l’on en rend compte. D’une manière plus pointue, il s’agit de se demander comment ces nouvelles façons d’aborder le végétal et d’en rendre compte ont un potentiel transformateur, contribuant à une recomposition des mondes (Latour 2006). En effet des recherches et des formes d’écriture qui décomposent le monde peuvent participer à la prise en compte du problème de la plantation, mais il faut des formes d’écritures plus dynamiques ou performative afin de favoriser la prolifération de la vie végétale, voir son compostage. Le caractère innovant de la recherche repose donc sur ces prémisses qu’il reste à explorer aussi aux niveaux littéraires, audiovisuel et artistique.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 11 mai 2023

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