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Marie-Pierre David : Université d'Ottawa
Vers quoi nous dirige l’« articulation » (Slack, 2016) de l’expérience d’être fan à l’aide du paradigme non-représentationnel (Vannini, 2015) ? Quels peuvent être les enjeux épistémologiques et politiques d’une telle approche (David, 2021) ? Comment penser l’expérience d’avoir été fan durant son enfance à l’aide de ce paradigme une fois devenu.e adulte et chercheur.e ? Quelles possibilités une telle démarche peut-elle offrir ? Peut-on mettre la mode et les fans en relation ? Voilà les questions que j’entends couvrir dans ma communication.
La méthode de l’« articulation » :
Issue des études culturelles, l’« articulation » est une méthode analytique permettant la cartographie d’un phénomène culturel au-delà de toute forme d’essentialisme (Slack, 1996).
La particularité du paradigme non-représentationnel :
Actuellement influent, mais aussi controversé (parce qu’il se pose aux antipodes de la pensée représentationnelle en refusant le recours à la signification et aux représentations), le paradigme non-représentationnel s’inscrit dans la continuité de la pensée post-structuraliste. Il invite les chercheurs à appréhender les phénomènes sous l’angle de l’expérimentation en ayant notamment recours aux théories de l’affect (Gibbs, 2010), à la recherche-création (Manning et Massumi, 2014) ainsi qu’aux études performatives et autoethnographiques (Jones, Adams et Ellis, 2016).
Depuis les années 1990, les études de fans ont participé à déconstruire les préjugés tenaces à l’endroit des fans, souvent perçus comme peu réflexifs et obsédés par leur objet culturel favori. Ces recherches ont démontré la réception active et même performative des fans, en documentant leurs pratiques culturelles, allant de la création de contenu (fan fiction, fanart) à la médiation culturelle (fan subbing). Les communautés de fans, nommées fandoms, offrent des espaces de négociation aux idéologies représentées dans les productions culturelles. D’ailleurs, plusieurs recherches démontrent que les pratiques de réception des fans leur permettent de critiquer les productions médiatiques (Jenkins, 1992).
Bien que les études de fans se soient constituées en champ de recherche fécond (Bacon-Smith, 1992; Jenkins, 1992), elles restent sujettes à certaines critiques qui entravent leur quête de légitimité (Evans et Stasi, 2014). La position des chercheur·se·s en études de fans est sujette à contestation (Hannell, 2020) et le champ entretient des rapports ambivalents quant à la méthodologie. La définition de la notion même de fans est critiquée (Sandvoss et al., 2017), alors que des recherches plus diversifiées permettraient de prendre en compte d’autres expériences (anti-fans, non-fans, etc.) et profils de fans (queers, personnes racisées, etc.). Néanmoins, les travaux sur les fans forment une contribution manifeste et même innovante à l’aspect entremêlé des pratiques de réception en ligne et hors ligne (Evans et Stasi, 2014), à l’appropriation et au détournement de la culture populaire (Bourdaa, 2021), ainsi que aux contextes de créations et productions de contenus numériques (Hills, 2015).
Depuis 30 ans, les Fan Studies forment un champ de recherche dynamique, surtout dans les milieux anglophones. Du côté de la recherche francophone, les études de fans, après avoir accusé un certain retard, semblent entrer dans une phase importante de structuration. Par exemple, l’Association française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC) a récemment labellisé Groupe d’étude et de recherche « Fans » (GER Fans), coordonné par Mélanie Bourdaa.
Ce colloque, présenté dans le cadre du congrès de l’Acfas 2023 (colloque no 403), représente ainsi une occasion de réunir des chercheur·se·s francophones provenant de chaque côté de l’Atlantique. L’événement, en personne et en ligne, offrira ainsi une occasion fertile de contribuer à la structuration du champ d’études en français et de saisir le momentum entourant l’intérêt renouvelé autour des fans et leurs pratiques, autant chez les chercheur·se·s que chez les étudiant·e·s.
Les trois axes suivants seront mis de l’avant : 1) les enjeux méthodologiques; 2) la diversité des identités de fans; et 3) la dimension politique des pratiques de fans.
Titre du colloque :
Thème du colloque :