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Eva Lemaire : University of Alberta
Nous présentons un projet mené dans le contexte de la réconciliation avec les peuples autochtones au Canada. En collaboration avec des Ainés Métis de l’Ouest canadien, nous avons développé un dispositif pédagogique permettant de donner une place aux savoirs et histoires de ces Ainés dans les écoles francophones. Ce dispositif, ancré en didactique des langues, donner la parole aux Ainés dans leur langue ancestrale, le michif; une langue qui emprunte à la fois au français et à la langue crie. Mais si la langue est un vecteur pour entrer dans la culture des communautés Métisses, l’épistémologie traditionnelle autochtone nous amène, à travers la langue, à interroger notre rapport à la Terre-Mère, à la nature, au territoire et aux lieux. En effet, dans la vision traditionnelle du monde autochtone, tous les savoirs sont interreliés (Battiste & Henderson, 2000 ; Cajete, 1994). Dès lors, si l’on entend comprendre la langue et la parole échangée d’une manière qui soit respectueuse des visions du monde autochtones, on se doit de s’intéresser aux savoirs sur la terre et aux savoirs spirituels associés à la langue et culture autochtone impliquées (Wall Kimmerer, 2015). Dans le cadre de cette présentation, nous expliciterons donc comment le projet d’éveil aux langues ancestrales des Métis nous invite, à travers notamment la pédagogie de la terre et des lieux (Campeau, 2021), à faire des liens entre didactique des langues et écoformation (Galvani, 2005).
On assiste depuis la pandémie à une résurgence de démarches pour faire une « école/classe dehors » aux appellations variables, qui mobilise une pédagogie répondant à un processus d’éducation par la nature. Le bien-être mental et physique que procure le fait d’être dans la nature, en plus de favoriser les apprentissages (Ayotte-Beaudet et al., 2022; Green et Rayner, 2022; Kuo et al., 2019; Mygind et al., 2019), en démontre la pertinence.
En filigrane des questionnements didactiques posés récemment, notamment dans le cadre du Colloque international Les pratiques d’éducation par « la nature » : quels enjeux pour la formation des professionnel·le·s?, qui s’est tenu en France en juillet 2022, se profilent d’impératives questions d’ordre épistémologique portant sur les paradigmes qui induisent de telles pratiques. Ainsi, il s’agit de s’interroger sur les épistémologies qui sous-tendent les éducations dans et par la nature ou, dit autrement, par le territoire. Plus largement, au-delà de toute structure en milieu formel ou non, quel rapport au(x) savoir(s) sous-tend les apprentissages dans et par la nature ou le territoire?
Certains font appel au principe de l’écoformation intégrant le paradigme transdisciplinaire de la complexité (Girault et Galvani, 2021), d’autres se reportent aux épistémologies autochtones (Battiste, 2002; Four Arrows et al. 2010; Hart, 2010; Wilson, 2013). On pourrait également citer l’écosophie de l’écologie profonde d’Arne Naess (2008) introduisant le principe de l’altérité élargi au monde vivant. Le principe de l’énaction proposé par Varela (Aden et Preller, 2020; Varela et al., 2017) ou encore l’écopédagogie de Gutiérrez Bastida et Gadotti (Gutiérrez Bastida, 2022), considérant l’être humain comme « la nature prenant conscience d’elle-même » (Pereira, 2019, partie I.3), sont d’autres axes possibles.
De telles conceptualisations du rapport au(x) savoir(s) qui se construit dans le rapport au monde (Charlot, 2021) permettront alors de clarifier le cadrage d’approches éducatives innovantes dans et par la nature, renforçant notre identité écologique (Vogels, 2007).
Titre du colloque :