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Charlet Brethome : UQAM - Université du Québec à Montréal
Le récit débute au croisement de deux rues montréalaises où je (le divan) suis laissé à l’abandon depuis plusieurs heures. Mes anciens propriétaires ont laissé une signalisation « divan gratuit, pas de puce de lit ». Laissé là, je représente la vie privée, l’intimité et le risque de contagion d’une intimité à une autre, entre inconnu.es. Depuis mon premier achat, j’ai archivé sur mes coussins une multitude de configurations. J’ai d’abord été utilisé comme dispositif psychanalytique (Roussillon, 2005). Ensuite, je fus placé au centre d’une pièce construite pour moi, face à une télévision et devant une table basse (Granier, 2003). Mon itinéraire se termine dans des salles proches des pistes de dance pour que les participant.es d’évènements festifs puissent se reposer, se réfugier, se sentir en sécurité (Brethomé, 2021).
La pandémie de COVID-19 a été le creuset d’une intense circulation d’images présentant des canapés, divans et autres fauteuils meublant nos séjours. Demeurer à la maison dans son canapé y devenait tantôt un geste héroïque, tantôt un indice d’une société toujours plus atomisée, voire d’un repli sur soi témoignant d’un monde égocentré et d’une consommation ostentatoire. Les images de divans abondent dans la culture populaire, alors que ceux-ci sont mobilisés dans les productions médiatiques et les discours populaires afin de résumer un ensemble de relations sociales et de rapports de pouvoir : du cabinet de psychanalyse au sous-sol de banlieue, des réceptions familiales, aux balcons, affiches et soirées télé, aux nuits à l’extérieur de chez soi, ils permettent d’évoquer la liberté, l’identité et l’assujettissement, notamment. Dans le monde de la recherche, les divans sont aussi évocateurs. Si plusieurs qualifient de armchair des méthodes éloignées des communautés et des enjeux quotidiens, d’autres soulignent leur importance dans la valorisation de l’intuition et de l’imagination, et suggèrent ainsi que l’image du divan est révélatrice de politiques du terrain singulières.
Ce colloque est donc une invitation à considérer divans et canapés en tant qu’ils meublent nos vies autant pour leurs significations, pour les discours, politiques et idéologies qu’ils incarnent et véhiculent, pour leurs circulations, pour les relations sociales qu’ils rendent possibles ou touchent, pour l’attachement que nous leur vouons, pour leur articulation à une société de consommation, etc. Bref, il s’agit de les appréhender en tant qu’objets et phénomènes culturels qui peuplent nos quotidiens et nos habitations, dans la foulée d’une tradition d’analyse de la culture matérielle qui s’est imposée dans les sciences sociales depuis la fin des années 1970.
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