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Quand le minéral évoque le végétal; souffle de rapé épicé, dessin et envoûtements camerounais

JL

Membre a labase

Julie Laplante : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Remède guérisseur, le rapé est typiquement une poudre de tabac soufflée directement dans le nez pour transformer l’état de veille dans les pratiques chamaniques en Amérique du Sud avec lesquelles nous sommes familières. Nous sommes par ailleurs auprès d’un guérisseur bantou et fondateur de l’Association de recherche en anthropologie des médecines (ARAM) en périphérie de Yaoundé ou en forêt ancestrale camerounaise en Afrique. L’ocre rouge colore le séjour alors que sa poussière saupoudre tout lorsqu’elle retombe, ainsi qu’anime lorsqu’inspiré, intensifiant l’expérience ainsi qu’amenant ailleurs, le minéral attirant notre attention aux airs du végétal. L’air nous tiens en suspension avec les particules, microorganismes, vibrations soniques et autres mélanges, il nous maintient dispersés dans une composition avec d’autres suspensifs et suspendus (Choy et Zee 2015). C’est à partir d’expériences partagées d’une composition aérienne singulière que nous rendons compte d’impressions, textures, teintes et saveurs de souffle de rapé épicé. Dans cette co-écriture, le dessin procure « un espace interstitiel d’activité » (Taussig 2018) permettant d’amener ces consciences imageantes au texte qui habite cet entre-deux en suspens, soit sur le point où se franchissent les seuils faisant passer du virtuel à l’actuel, du sommeil à l’éveil, de la poussière de fer dans l’air à la sensation végétale cosm(olog)ique.

Résumé du colloque

Ces dernières années, les études sur les plantes ont été profondément renouvelées. On s’est en effet rendu compte à quel point le végétal est resté largement impensé (Coccia 2016). Bien qu'ils soient omniprésents, les végétaux sont en fait difficiles à appréhender. Leur puissance affective notamment, laquelle agit sur, dans et à travers nous, est largement ignorée. Inspirée par la philosophie, l’anthropologie propose depuis quelques dizaines d’années de nouvelles façons de composer avec le végétal. Le colloque vise à explorer un éventail de thématiques contemporaines situées au nexus humain-plante, avec un intérêt particulier pour les recherches qui dépassent la plante ou l’humain comme entités discrètes pour s’intéresser à ce qui se créée dans la rencontre. Les approches ou méthodes qui prennent corps depuis le végétal, comme apprendre à écouter les plantes, à devenir attentif à leurs vitalités (Chudakova 2017 ; Nathen 2018), étirant nos habiletés perceptives (Gibson 2018), nous incitant à « devenir- senseur » (Myers 2016), voire devenir-plante (Laplante et Brunois-Pasina 2020), sont d’intérêt particulier, sans être exclusives. Il peut s’agir d’écritures vivantes ou performatives, voire aussi appelées poétiques ou phénoménologiques permettant de rester proche des contextes et pratiques ou évitant des formes d’écritures objectivantes, voir celles que Taussig (2018) qualifie d’écritures « agribusiness ». Nous proposons de plonger dans les plis de la vie des végétaux, au sens de Michaux (1990) ou de l’approche rhizomique de Deleuze et Guattari (1980), voire d’explorer la diversité de ce que Hustak et Myers (2012, 2020) appellent des récits involutifs, laissant place aux affects, aux textures, aux sensations, aux arômes, aux vitesses et aux lenteurs végétales.

Plusieurs recherches dans ce domaine en anthropologie se sont portées sur les usages que les humains font des plantes ou ce que les plantes font aux humains, il demeure que les potentiels affectifs imprévisibles et toujours en suspens, sont moins abordés (Laplante et Brunois- Pasina 2020). Il s’agit donc d’explorer de nouvelles méthodologies plus attentives aux sens et aux affects, et de questionner autant la recherche elle-même que la façon dont l’on en rend compte. D’une manière plus pointue, il s’agit de se demander comment ces nouvelles façons d’aborder le végétal et d’en rendre compte ont un potentiel transformateur, contribuant à une recomposition des mondes (Latour 2006). En effet des recherches et des formes d’écriture qui décomposent le monde peuvent participer à la prise en compte du problème de la plantation, mais il faut des formes d’écritures plus dynamiques ou performative afin de favoriser la prolifération de la vie végétale, voir son compostage. Le caractère innovant de la recherche repose donc sur ces prémisses qu’il reste à explorer aussi aux niveaux littéraires, audiovisuel et artistique.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 11 mai 2023

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