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Samuele Ellena : Université de Montréal
La pensée planétaire est d’emblée un double mouvement. En même temps, un mouvement de retour et d’enracinement dans les sols (Deleuze, Guattari 1980). Ce qui se traduit par une forme systématique de déloyauté (Gilroy 2004) vis-à-vis de la logique de l’enclos (Mbembe 2013) et un engagement à la survie du Tout-Monde (Glissant 1997). Le premier mouvement sans le second oscille entre la rhétorique triomphaliste de l’internationale capitaliste (Rancière 2012) et le nihilisme qui en appuie passivement le jeu. Le second sans le premier reste aveugle aux dynamiques du système et aux réfractions du global dans le local. Ce double mouvement, qui constitue l’expérience planétaire (Neyrat 2021), implique l’intériorisation de la révolution copernicienne et la participation au mouvement terrestre. En d’autres termes, il n’y a pas de bases solides, mais des corps mobiles sur un corps mobile. La participation au Jeu-du-monde (Axelos 1964; 1969; 1974) implique le décentrement de l’individu, la relativisation de sa position et le morcellement de sa pensée. Je propose que la redéfinition de l’homme en rapport à la planète lui octroie la position de penseur vulnérable – lieu épistémologique qui appelle à la renonce de la vérité ontologique en faveur des visions angulaires, complémentaires et additives (Desan 1961) –, d’où réfléchir à la vulnérabilité, la maladie, la cure et d’où retisser les liens entre l’écologie environnementale, sociale et mentale.
La pandémie a mis de l’avant la question du soin prodigué à autrui à l’échelle de la planète (Dalmiya, 2020). Comme l’a dit, en 2020, le docteur Fauci : « Now is the time, if, ever there was one, for us to care selflessly about one another. » Notre programme de recherche-création veut penser la question urgente des philosophies et pratiques du soin par le truchement des changements de paradigmes que connaissent les réflexions actuelles sur la santé (Fairman, 2022). Si la médecine et la science ont été très sollicitées mondialement, se sont parallèlement manifestés une nouvelle sensibilité au souci de l’autre (Gary et Berlinger, 2020), un sentiment planétaire d’appartenance à une vulnérabilité commune (Parker et Ferraz, 2021), une véritable prise en compte des inégalités sociales, des injustices criantes qui déterminent la santé des individus (Stantcheva, 2022), une sortie réelle ou imaginaire de l’ombre des « anges gardiens » (les préposé.e.s aux soins de toutes sortes) (Satyre, 2021), des mises en place de politiques étatiques prophylactiques destinées à protéger les populations (Abdoul-Azize et El Gamil, 2021), des échecs à sauver la vie des personnes âgées (Carter Anand, et al., 2021), un désir d’inventer de nouvelles façons de penser, une explosion des soins palliatifs (Menjak et Ellis, 2022) et de l’aide médicale à mourir (Whitelaw, Lemmens et Van Spall, 2022). S’est donc modifiée la nature même de l’aide apportée à des êtres vulnérables au moyen de différentes méthodes et disciplines, notamment dans la relation au numérique où les recherches Internet et les applications sont omniprésentes dans l’autosoin et le soin (Banner, Carlin et Cole, 2019; Banner, 2017).Tout ceci nous demande de recontextualiser et de redessiner la pensée de l’accompagnement et du soin à l’heure actuelle de façon interdisciplinaire et aussi en recherche-création, et à nous demander ce qu’est un soin et comment le donner.
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