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Suzanne Nzouzi : Sorbonne Université
Cette communication se propose de montrer en quoi l’écrivain congolais Sony Labou Tansi, né en 1947 et mort en 1995, soit à 48 ans, était un écrivain populaire. Affirmer cela, c’est reconnaître qu’il a puisé son inspiration dans le quotidien qu’offrait le tableau de la vie, en République du Congo notamment, pays où il a vécu tout au long de sa vie. Tant dans le style que dans la thématique, son œuvre est traversée par un réalisme tridimensionnel : des parlers populaires côtoient un réalisme magique et un réalisme Kongo.
Écrivain, journaliste et homme politique, Sony Labou Tansi s’est rangé du côté des peuples opprimés et des sans-parole en dénonçant les injustices et souffrances accumulées dans son œuvre littéraire, afin, d’une certaine manière, de susciter leur prise de conscience et leur engagement à ses côtés sur la scène publique et politique.
Il sera donc intéressant ici d’analyser les parlers populaires, et notamment les africanismes et les « congolismes » dont regorgent les textes de Sony, pour ensuite évoquer les figures populaires et enfin, faire un lien entre son œuvre littéraire, qui a été essentiellement politique, et le combat politique qu’il a mené au sein de l’opposition congolaise. Pour ce faire, nous nous appuierons sur deux romans, La Vie et demie (1979) et L’Anté-peuple (1983) qui nous plongeront dans l’univers des deux Congo.
Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.
Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).
L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :
– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);
– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);
– Plurilinguismes et intertextualités;
– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;
– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.