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Taylor et Van Every comme théoriciens novateurs de la communication : une perspective organisationnelle de la communication

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Nicolas Bencherki : Université TÉLUQ

Résumé de la communication

James R. Taylor a proposé qu’« une organisation n’est qu’un tissu de communication » (1988). Cet énoncé a eu, en soi, un pouvoir organisant, structurant une communauté autour de l’idée que la communication soit « le site et la surface » de l’organisation (Taylor & Van Every, 2000). Si ces mots – et leurs auteurs – ont changé comment la recherche sur les organisations conçoit son propre objet, ils ont aussi, du même souffle, proposé une nouvelle théorie de la communication. En effet, si l’on peut concevoir l’organisation comme communication, l’équivalence marche aussi dans l’autre sens : on peut formuler une théorie résolument organisationnelle de la communication à partir des travaux de Taylor et Van Every.

En se basant sur leurs écrits, il est possible de dégager une conception de la communication originale, synthétisant leurs différentes influences, allant de Bateson (Taylor, 2001), Peirce (Taylor & Van Every, 2011) et Greimas (Taylor & Cooren, 2006). Cette conception est pragmatique et performative, cela dit elle ne suppose pas uniquement que la communication produise une action, mais aussi que la communication se définisse par l’action elle-même. La communication correspond donc à la circulation et au partage de l’action, engendrant ses propres acteurs. Prolongeant une réflexion entamée par Bencherki et Iliadis (2021), cette communication rendra hommage à James R. Taylor et Elizabeth J. Van Every en tant que théoriciens novateurs de la communication.

Résumé du colloque

James R. Taylor, le fondateur de l’École de Montréal en communication organisationnelle, une école de pensée mondialement reconnue en sciences de la communication et en études organisationnelles, est décédé le 21 avril dernier à l’âge vénérable de 93 ans. Depuis la publication, en 1988, de son ouvrage intitulé Une organisation n’est qu’un tissu de communications, James Taylor n’avait cessé de mettre de l’avant la nécessité de penser les phénomènes organisés à partir d’une perspective résolument communicationnelle, c’est-à-dire d’une perspective centrée sur la manière dont les êtres humains coopèrent pour faire être et fonctionner des ensembles organisés. Alors que la communication était, jusque dans les années 1980, essentiellement pensée comme une diffusion d’informations (comment mieux communiquer les décisions et positions de l’entreprise à l’ensemble du personnel, au grand public, aux actionnaires, etc.), Taylor a proposé ni plus ni moins un changement de paradigme en montrant que la communication était, en fait, constitutive de tout phénomène organisé. Ce programme de recherche, qui fut rétrospectivement baptisé approche CCO (pour constitution communicationnelle de l’organisation), a depuis inspiré des personnes représentant les cinq continents. Toutes et tous tentent ainsi de montrer que la communication n’est pas simplement quelque chose qui se passe dans les organisations, mais que l’organisation elle-même est à trouver, en quelque sorte, dans la communication. Ce colloque propose ainsi de réunir les représentantes et représentants francophones de ce mouvement de pensée afin non seulement de rendre hommage à ce chercheur hors normes qu’était James R. Taylor, mais aussi d’explorer les développements futurs de cette perspective. En particulier, nous inviterons l’ensemble des participants à réhabiliter les phénomènes de diffusion, de propagation et de transmission qui ont peut-être été trop négligés par le mouvement CCO, pour des raisons finalement assez idéologiques. Au-delà des enjeux théoriques et analytiques qui seront explorés au cours de ce colloque, ce dernier a également l’ambition de creuser plus avant les conséquences pratiques du tournant paradigmatique opéré par James R. Taylor. Comme on le sait, quand le milieu des praticiens pense la communication, c’est généralement en termes de transmission d’informations, ce qui est, somme toute, normal et attendu. On ne compte plus, en effet, les « problèmes de communication » qui hantent toute organisation, que l’on parle d’entreprises, d’ONG ou d’administrations gouvernementales. En rejetant le paradigme de la transmission, qui prévalait dans les sciences organisationnelles jusque dans les années 1980, le mouvement CCO a certes pu innover en montrant tout ce qu’une perspective communicationnelle pouvait apporter à notre compréhension des phénomènes organisés, mais il a peut-être négligé la nécessité d’un dialogue avec le monde de la pratique, toujours très axé sur le paradigme diffusionnel.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 11 mai 2023

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