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Tè mawon de Michaël Roch : un roman d'anticipation caribéen dystopique et profondément politique

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Gabrielle Bonnet : Aix-Marseille Université

Résumé de la communication

Michaël Roch, écrivain et scénariste de science-fiction, publie en 2022 à La Volte, maison d'édition indépendante spécialisée dans la littérature de l'imaginaire futuriste, un roman polyphonique, Tè Mawon. Il s'agit du premier roman de science-fiction caribéen francophone. L'auteur, profondément inspiré par Glissant, comme le révèlent les références explicites ou implicites au philosophe martiniquais au fil du récit, y mêle les langues (créole, français, espagnol, anglais) et les genres (roman, essai, poésie). La narration est répartie entre quatre personnages, deux hommes et deux femmes, dont les voix se distinguent par leur usage du langage, de l'argot provençal au créole, émaillé d'un lexique inventé par l'auteur pour décrire les réalités d'un monde envahi par les technologies et les pandémies, dans un futur pas si lointain, en 2043. Nous nous proposons d'étudier la vision poétique et politique développée par l'auteur dans ce roman d'anticipation caribéen : comment le travail sur la langue traduit-il une pensée de la «diversalité» ? Comment les codes du roman d'anticipation sont-ils maniés afin de produire une réflexion sur la crise sanitaire, économique et sociale actuelle, ancrée dans le territoire caribéen, au sens géographique et culturel ?

Résumé du colloque

Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.

Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).

L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :

– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);

– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);

– Plurilinguismes et intertextualités;

– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;

– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 11 mai 2023

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