Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Christiane Ndiaye : Université de Montréal
Alors que Margaret Papillon compte parmi les écrivain(e)s les plus lu(e)s en Haïti, son œuvre continue à être boudée par la critique qui lui fait le reproche habituel du manque de littérarité des genres populaires. Auteure d’une œuvre prolifique qui comprend à la fois des romans de jeunesse, des feuilletons et des romans à caractère sentimental, Papillon pratique pourtant une écriture moins conventionnelle que ces préjugés ne le font supposer. Nous proposons d’en faire l’illustration à partir de La marginale, publié en 1987, où il s’avère que le genre sentimental est questionné et redessiné à partir d’une pluralité de voix et d’intertextualités véhiculant divers discours d’actualité et un dialogisme socio-littéraire qui n’a rien de trivial.
En effet, tout en conservant le scénario (démultiplié) de la rencontre amoureuse avec de multiples rebondissements dramatiques à la manière du feuilleton, le roman se construit en même temps autour de la textualistion d’un ensemble de discours sociaux souvent divergents. À travers des personnages types et une narration à tendance dialogique, le texte fait entendre une multiplicité de voix et langages (féministes, «machistes», marxistes, religieux, matérialistes, etc.), débouchant sur un questionnement à tonalité didactique des idées reçues qui minent la société caribéenne. Ce regard critique se posera également sur le roman à l’eau de rose lui-même, ce qui n’empêchera pas le grand amour d’être quand même au rendez-vous, au bout du compte.
Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.
Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).
L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :
– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);
– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);
– Plurilinguismes et intertextualités;
– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;
– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.
Titre du colloque :