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Manuel Zacklad : Conservatoire national des arts et métiers
Dans cette communication nous comparons la notion de transaction introduite par Jim Taylor et son équipe avec notre propre acception de ce concept, dans la Sémiotique des Transactions Coopérative (STC). Du fait de l’origine de nos travaux dans le CSCW et le travail coopératif médiatisé, une des spécificités de notre approche des transactions est l’importance accordée à la notion d’artefact médiateur et la prise en compte des dispositifs d’accès aux transactions conceptualisée en termes de dispositifs d’information et de communication. Pour la STC, il est nécessaire de prendre en compte trois dispositifs : actantiel, signifiant et d’accès. A chacun de ces dispositifs correspondent plusieurs configurations transactionnelles qui déterminent les régimes de conversation (Zacklad 2020). Nous présenterons notamment les configurations du dispositif d’accès basées sur notre typologie des dispositifs info-communicationnels (Zacklad 2019) qui nous permet de distinguer : la configuration communicationnelle ou orale, en présentiel ou en distanciel (plus ou moins interactive), la configuration informationnelle ou documentaire (écrite, audio, vidéo, etc.), la configuration info-communicationnelle (basée sur l’écriture interactive et décomposée en sous-catégories, pull, push, rédactionnel, contributif en mode dialogal ou en mode plateforme, attentionnel en mode flux plus ou moins automatisées) et la configuration de transmédiation (articulation élaborée entre les précédentes).
James R. Taylor, le fondateur de l’École de Montréal en communication organisationnelle, une école de pensée mondialement reconnue en sciences de la communication et en études organisationnelles, est décédé le 21 avril dernier à l’âge vénérable de 93 ans. Depuis la publication, en 1988, de son ouvrage intitulé Une organisation n’est qu’un tissu de communications, James Taylor n’avait cessé de mettre de l’avant la nécessité de penser les phénomènes organisés à partir d’une perspective résolument communicationnelle, c’est-à-dire d’une perspective centrée sur la manière dont les êtres humains coopèrent pour faire être et fonctionner des ensembles organisés. Alors que la communication était, jusque dans les années 1980, essentiellement pensée comme une diffusion d’informations (comment mieux communiquer les décisions et positions de l’entreprise à l’ensemble du personnel, au grand public, aux actionnaires, etc.), Taylor a proposé ni plus ni moins un changement de paradigme en montrant que la communication était, en fait, constitutive de tout phénomène organisé. Ce programme de recherche, qui fut rétrospectivement baptisé approche CCO (pour constitution communicationnelle de l’organisation), a depuis inspiré des personnes représentant les cinq continents. Toutes et tous tentent ainsi de montrer que la communication n’est pas simplement quelque chose qui se passe dans les organisations, mais que l’organisation elle-même est à trouver, en quelque sorte, dans la communication. Ce colloque propose ainsi de réunir les représentantes et représentants francophones de ce mouvement de pensée afin non seulement de rendre hommage à ce chercheur hors normes qu’était James R. Taylor, mais aussi d’explorer les développements futurs de cette perspective. En particulier, nous inviterons l’ensemble des participants à réhabiliter les phénomènes de diffusion, de propagation et de transmission qui ont peut-être été trop négligés par le mouvement CCO, pour des raisons finalement assez idéologiques. Au-delà des enjeux théoriques et analytiques qui seront explorés au cours de ce colloque, ce dernier a également l’ambition de creuser plus avant les conséquences pratiques du tournant paradigmatique opéré par James R. Taylor. Comme on le sait, quand le milieu des praticiens pense la communication, c’est généralement en termes de transmission d’informations, ce qui est, somme toute, normal et attendu. On ne compte plus, en effet, les « problèmes de communication » qui hantent toute organisation, que l’on parle d’entreprises, d’ONG ou d’administrations gouvernementales. En rejetant le paradigme de la transmission, qui prévalait dans les sciences organisationnelles jusque dans les années 1980, le mouvement CCO a certes pu innover en montrant tout ce qu’une perspective communicationnelle pouvait apporter à notre compréhension des phénomènes organisés, mais il a peut-être négligé la nécessité d’un dialogue avec le monde de la pratique, toujours très axé sur le paradigme diffusionnel.
Titre du colloque :