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« Vous ne cessez de jouez avec les mots ! » Interrogations sur l’(in)tolérance des gardiens du temple académique aux formes d’écritures scientifiques ‘hors-champ’

VJ

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Vanessa Jérome : Simon Fraser University

Résumé de la communication

Se peut-il que les spécialistes des enjeux sociaux, culturels et politiques s’envisagent comme des ‘chercheurs-créateurs’? Se peut-il qu’iels réfléchissent leurs pratiques et leurs productions d’une manière qui viendrait nourrir le dialogue fécond des disciplines, auquel chacun·e invite toujours sans jamais s’y risquer vraiment? Se peut-il qu’iels risquent leurs savoirs pour tenter quelque hybridation déroutante, monstrueuse peut-être? Sociologue du politique par discipline, ethnographe par méthode, militante par engagement, écrivaine de manuscrits de tiroirs, photographe opportuniste, c’est en répondant par l’affirmative à toutes ces questions que je me risquerai ici. Puisque «les cas limites sont toujours les cas les plus intéressants», affirmait Lynn Hugues, je propose de confronter ma pratique de chercheuse aux plis et replis d’une discipline - la recherche-création - qui m’est étrangère. Et pour cause. Elle m’est interdite. C’est cette interdiction que je propose de prendre pour objet. Partant d’un avis négatif de publication de l’un de mes textes dans une revue académique au motif que mon «style d’écriture, autoréférentiel, suggestif mais peu concret, et ne cessant de jouer avec les mots a paru contreproductif», je voudrais m’interroger sur les conditions de contention de l’écriture académique et sur leurs conséquences pour la recherche autant que pour la création.

Résumé du colloque

Les vingt dernières années ont été le théâtre de nombreuses réflexions sur les modalités de cette « nouvelle » méthodologie, de cette « discipline » fuyante et insaisissable qu’est la recherche-création, et aucun consensus ne se dégage de ces décennies d’intelligence collective sinon que la recherche-création échappe à toute tentative de cristallisation définitive. Il semble alors de moins en moins utile de tenter de la définir et de la concrétiser avec une typologie unanime. Les organismes subventionnaires et les universités en signalent la dualité dans leurs définitions officielles – la recherche-création engendre à la fois production de connaissances (recherche) et innovation artistique (création) –, mais n’imposent ni forme ni extrant.

En parallèle, un corpus important de travaux et d’œuvres artistiques, dans le contexte post-humain et de la crise écologique, cherche à décentrer l’être humain pour considérer le non-humain depuis une posture d’altérité redéfinie. La recherche-création contribue, ne serait-ce qu’en bouleversant les paradigmes statiques de production et de mobilisation du savoir, au développement de ces postures que les études post-décoloniales et situées ont rendu possibles. Pensons à Peter Sloterdijk et à sa distinction entre l’allotechnique et l’homéotechnique (voir Domestication de l’Être, 2000), par exemple, ou encore à Marielle Macé, qui appelle à envisager une « biophilie » au lieu d’une « biologie » (voir Nos cabanes, 2019).

Ce colloque ne cherche pas à enfoncer des portes ouvertes; les interventions qu’il suscite s’attardent à penser les divers chemins de la recherche-création d’une manière attentive aux enjeux sociaux, culturels et politiques qui découlent d’une telle démarche.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 11 mai 2023

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