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Chants des possibles : écouter les plantes urbaines, retrouver l’empathie

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Noémie Dubé : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Dans notre imaginaire, la « nature » est encore bien souvent positionnée à l’extérieur de la ville, une observation attentive de nos environnements urbains dévoile une réalité bien différente. Tantôt invisibles, tantôt mal-aimées, les plantes qui y résident assurent néanmoins de précieux services écologiques. Ce sont elles qui réinvestissent les terres malmenées par l’occupation humaine, elles qui décontaminent les sols, qui stabilisent les berges, qui filtrent l’air de ses polluants. Interpelée par leur résilience obstinée, dans laquelle je vois une brillante actualisation du reclaim écoféministe (Hache 2016), j’ai souhaité recentrer, par l’écriture, les perspectives de ces plantes citadines. Chants des possibles, œuvre chorale portée par cinq voix végétales – Aster, Pissenlit, Salicaire, Herbe à poux et Frêne –, est donc une tentative d’interspecies transcreation (Carretero-González 2021 : 852). La choralité m’est apparue comme une féconde stratégie de recomplexification, permettant de brouiller les dichotomies projetées sur le monde végétal et de (re)donner une tangibilité aux personnages-plantes. Ainsi, le Champ des possibles,un ancien dépôt ferroviaire aujourd’hui friche post-industrielle riche en biodiversité, devient le théâtre d’une re-présentation, du point de vue des plantes, des transformations anthropiques connues par les écosystèmes urbains, transformations qui revêtent une ampleur catastrophique jusqu’alors insoupçonnée.

Résumé du colloque

Si l’écoféminisme gagne en popularité au sein des sciences sociales, peu de recherches en études urbaines présentent une telle perspective. Pourtant les propositions théoriques et analytiques des écoféminismes offrent des clés de lecture pertinentes afin de se pencher sur les enjeux urbains de notre siècle.

Plus qu’un simple mouvement de protection environnemental porté par des femmes, les écoféminismes recoupent une série de luttes, concepts, théories, éthiques et pratiques favorisant l’émancipation conjointe des femmes et de la nature de la domination masculine. Dans l’imaginaire collectif, l’écoféminisme est généralement associé à des mouvements de luttes socioterritoriales portées par des femmes racisées ou autochtones dans des zones d’extraction de ressources naturelles et où les violations de la Terre-Mère vont de pair avec des violences genrées. Peu d’attention est portée aux multiples manières dont les citadines ont des affiliations avec ces luttes et se mobilisent quotidiennement autour de revendications ou pratiques écoféministes.

Les écologies politiques urbaines ne se sont, quant à elles, que peu intéressées au genre. Insistant sur la ville comme espaces d’inégalités, elles ont laissé dans l’ombre l’agentivité des groupes marginalisés à s’approprier l’espace et à créer les leurs, ainsi que tout un pan des activités humaines relatif à la reproduction sociale, aux émotions et à la corporalité.

En valorisant une compréhension relationnelle de l’espace et encourageant l’adoption d’une approche intersectionnelle et multiscalaire, une perspective écoféministe des urbanités éclaire ces angles morts et ouvre la voie à l’enrichissement tant des théories que des recherches empiriques en milieu urbain. Se pencher sur les manières dont les écoféminismes nous révèlent et nous racontent une autre histoire de la ville, et de la toile de relations multiples et complexes qui s’y tissent au quotidien, s’avère dès lors non seulement intéressant, mais nécessaire.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 12 mai 2023

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