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Danse et détresse dans Pluie et vent sur Télumée Miracle

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Corina Crainic : Université de Moncton

Résumé de la communication

Dans l’ouvrage intitulé Les deux sources de la morale et de la religion, Henri Bergson lie d’emblée le geste créatif à l’émotion : « Création signifie, avant tout, émotion. […] C’est elle qui pousse l’intelligence en avant, malgré les obstacles ». Ce serait également elle, cette part intangible, incontournable de l’univers intime qui se poserait comme condition sine qua non d’une résolution ou de ce que Bergson définit comme l’épanouissement d’un problème en solution. Dans sa Poétique de la Relation, Édouard Glissant évoque l’univers antillais originel, la Plantation, comme celui qui exige « l’acte de survie ». Là où l’expression de l’humanité est le plus souvent défendue ou du moins suspecte, il s’agit de repenser les manières de créer, vivre et aimer. Pluie et vent sur Télumée Miracle de Simone Schwarz-Bart dépeint ainsi des femmes qu’on humilie sans fin et qui apprennent à observer le silence, de manière à se protéger et, dans certains cas, simplement survivre. Confinées en des lieux dont les noms évoquent la détresse, qu’il s’agisse du morne La Folie, L’Abandonnée ou encore Fond-Zombi, elles développent également un langage singulier, où se mêlent contes, musique et surtout danse, déjouant ainsi leurs destinées tragiques. Notre propos consiste à analyser ce langage qui convoque tout à la fois la sagesse populaire, l’aspiration poétique et la capacité inusitée du corps à exprimer ce qu’on s’évertue à cacher, et libérer ainsi.

Résumé du colloque

Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.

Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).

L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :

– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);

– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);

– Plurilinguismes et intertextualités;

– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;

– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 12 mai 2023

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