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David Myles : INRS - Institut national de la recherche scientifique
Cette présentation cartographie les mutations des cultures de drag engendrées par la montée des cultures participatives LGBTQ+. Si la relation entre les artistes drag et leurs publics s’est traditionnellement développée dans des lieux physiques, le Web 2.0 a contribué à l’émergence de nouvelles communautés de fans. Alors que l’art de la drag était initialement réservé à un public d’initiés, aujourd’hui, les médias sociaux permettent aux artistes drag de diversifier leurs publics géographiquement et démographiquement. Face à la popularité de la série de téléréalité RuPaul’s Drag Race, des artistes drag émergents ont su tirer profit des médias sociaux afin de bâtir des communautés de fans en ligne. De leur côté, les fans se sont appropriés les médias sociaux pour bâtir des relations de proximité avec les artistes drag et se réapproprier les contenus télévisuels à travers des mèmes et autres artefacts numériques. Ces communautés de fans sont également un lieu où se développe une littératie, quoique limitée, en matière de militantisme LGBTQ+. Les communautés de fans jouant désormais un rôle actif dans l’organisation des cultures de drag, les artistes drag sont devenus la cible d’adulation, mais aussi de violence en ligne de la part de fans particulièrement « toxiques ». À la lumière de ces mutations, cette présentation examine les implications des cultures participatives LGBTQ+ pour la scène de drag montréalaise en prévision d’un terrain ethnographique.
Depuis les années 1990, les études de fans ont participé à déconstruire les préjugés tenaces à l’endroit des fans, souvent perçus comme peu réflexifs et obsédés par leur objet culturel favori. Ces recherches ont démontré la réception active et même performative des fans, en documentant leurs pratiques culturelles, allant de la création de contenu (fan fiction, fanart) à la médiation culturelle (fan subbing). Les communautés de fans, nommées fandoms, offrent des espaces de négociation aux idéologies représentées dans les productions culturelles. D’ailleurs, plusieurs recherches démontrent que les pratiques de réception des fans leur permettent de critiquer les productions médiatiques (Jenkins, 1992).
Bien que les études de fans se soient constituées en champ de recherche fécond (Bacon-Smith, 1992; Jenkins, 1992), elles restent sujettes à certaines critiques qui entravent leur quête de légitimité (Evans et Stasi, 2014). La position des chercheur·se·s en études de fans est sujette à contestation (Hannell, 2020) et le champ entretient des rapports ambivalents quant à la méthodologie. La définition de la notion même de fans est critiquée (Sandvoss et al., 2017), alors que des recherches plus diversifiées permettraient de prendre en compte d’autres expériences (anti-fans, non-fans, etc.) et profils de fans (queers, personnes racisées, etc.). Néanmoins, les travaux sur les fans forment une contribution manifeste et même innovante à l’aspect entremêlé des pratiques de réception en ligne et hors ligne (Evans et Stasi, 2014), à l’appropriation et au détournement de la culture populaire (Bourdaa, 2021), ainsi que aux contextes de créations et productions de contenus numériques (Hills, 2015).
Depuis 30 ans, les Fan Studies forment un champ de recherche dynamique, surtout dans les milieux anglophones. Du côté de la recherche francophone, les études de fans, après avoir accusé un certain retard, semblent entrer dans une phase importante de structuration. Par exemple, l’Association française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC) a récemment labellisé Groupe d’étude et de recherche « Fans » (GER Fans), coordonné par Mélanie Bourdaa.
Ce colloque, présenté dans le cadre du congrès de l’Acfas 2023 (colloque no 403), représente ainsi une occasion de réunir des chercheur·se·s francophones provenant de chaque côté de l’Atlantique. L’événement, en personne et en ligne, offrira ainsi une occasion fertile de contribuer à la structuration du champ d’études en français et de saisir le momentum entourant l’intérêt renouvelé autour des fans et leurs pratiques, autant chez les chercheur·se·s que chez les étudiant·e·s.
Les trois axes suivants seront mis de l’avant : 1) les enjeux méthodologiques; 2) la diversité des identités de fans; et 3) la dimension politique des pratiques de fans.
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