Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Fannie Valois-Nadeau : UQO - Université du Québec en Outaouais
Cette présentation vise d’abord à documenter, nommer et reconnaître les femmes fans de sport professionnel qui font peu l’objet d’attention médiatique et académique. Le fandom féminin constitue la porte d’entrée pour interroger les transformations d’un sport media complex (Rowe, 2013) qui s’est construit au fil des années à travers la reproduction d’une hégémonie masculine et d’une marginalisation du public féminin (Esmonde et al., 2015; Svienson & Hoeber, 2016). Dès le début des transmissions télévisuelles dans les années 50 est apparu un complexe médiatico-sportif complètement « malestream » : athlètes, journalistes, dirigeants, commanditaires, etc. ont été les acteurs d’une industrie médiatique pensée par et pour les hommes (Cooky et al., 2013, 2021). Pourtant, le public féminin constitue de 30 à 50 % de l’auditoire des spectacles sportifs (Esmonde et al., 2015). Aussi, la présence d’un public féminin et de femmes fans ne date pas d’hier; des recherches à caractère historiques ont relevé leur existence au sein des périodes pré-télévisuelles (Field, 2012; Melançon, 2006). Depuis quelques années, le vent semble toutefois tourner dans le complexe médiatico-sportif: on assiste de plus en plus une certaine reconnaissance du fandom sportif féminin avec la venue d’un « marketing rose » (certes stéréotypé), mais aussi avec la montée de la professionnalisation des clubs sportifs féminins de même que la présence accrue de journalistes sportives (St-Pierre, 2020).
Depuis les années 1990, les études de fans ont participé à déconstruire les préjugés tenaces à l’endroit des fans, souvent perçus comme peu réflexifs et obsédés par leur objet culturel favori. Ces recherches ont démontré la réception active et même performative des fans, en documentant leurs pratiques culturelles, allant de la création de contenu (fan fiction, fanart) à la médiation culturelle (fan subbing). Les communautés de fans, nommées fandoms, offrent des espaces de négociation aux idéologies représentées dans les productions culturelles. D’ailleurs, plusieurs recherches démontrent que les pratiques de réception des fans leur permettent de critiquer les productions médiatiques (Jenkins, 1992).
Bien que les études de fans se soient constituées en champ de recherche fécond (Bacon-Smith, 1992; Jenkins, 1992), elles restent sujettes à certaines critiques qui entravent leur quête de légitimité (Evans et Stasi, 2014). La position des chercheur·se·s en études de fans est sujette à contestation (Hannell, 2020) et le champ entretient des rapports ambivalents quant à la méthodologie. La définition de la notion même de fans est critiquée (Sandvoss et al., 2017), alors que des recherches plus diversifiées permettraient de prendre en compte d’autres expériences (anti-fans, non-fans, etc.) et profils de fans (queers, personnes racisées, etc.). Néanmoins, les travaux sur les fans forment une contribution manifeste et même innovante à l’aspect entremêlé des pratiques de réception en ligne et hors ligne (Evans et Stasi, 2014), à l’appropriation et au détournement de la culture populaire (Bourdaa, 2021), ainsi que aux contextes de créations et productions de contenus numériques (Hills, 2015).
Depuis 30 ans, les Fan Studies forment un champ de recherche dynamique, surtout dans les milieux anglophones. Du côté de la recherche francophone, les études de fans, après avoir accusé un certain retard, semblent entrer dans une phase importante de structuration. Par exemple, l’Association française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC) a récemment labellisé Groupe d’étude et de recherche « Fans » (GER Fans), coordonné par Mélanie Bourdaa.
Ce colloque, présenté dans le cadre du congrès de l’Acfas 2023 (colloque no 403), représente ainsi une occasion de réunir des chercheur·se·s francophones provenant de chaque côté de l’Atlantique. L’événement, en personne et en ligne, offrira ainsi une occasion fertile de contribuer à la structuration du champ d’études en français et de saisir le momentum entourant l’intérêt renouvelé autour des fans et leurs pratiques, autant chez les chercheur·se·s que chez les étudiant·e·s.
Les trois axes suivants seront mis de l’avant : 1) les enjeux méthodologiques; 2) la diversité des identités de fans; et 3) la dimension politique des pratiques de fans.
Titre du colloque :
Thème du colloque :