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Douniazed Ramoul : Université de Montréal
Cette communication vise à examiner en profondeur la figure du détective dans le polar algérien de langue française. Elle prend appui sur le roman Double blanc (1997) de Yasmina Khadra qui fait partie du « Quatuor algérien ». Par ces romans, l’auteur s’inscrit dans l’histoire littéraire des romanciers qui ont écrit sur la décennie noire en Algérie. La fiction littéraire a été un moyen pour dénoncer la violence meurtrière de cette période et ses conséquences sur les individus et sur la société. Khadra nous invite ainsi non seulement à réfléchir sur la ligne de démarcation entre la fiction et la réalité historique, qui est devenue difficile à tracer, mais également à s’interroger sur la figure du détective qui se montre inséparable de l’histoire du roman. Notre analyse part de l’hypothèse selon laquelle le polar de Khadra détrône le statut traditionnel du détective pour en investir de multiples figures permettant la réinscription du discours politique et social.
Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.
Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).
L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :
– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);
– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);
– Plurilinguismes et intertextualités;
– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;
– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.