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Leontine Troh Gueyes : Université Félix Houphouët-Boigny
Si la sexualité et le désir sensuel constituent la thématique majeure des productions littéraires érotiques, la récurrente de l’imposture dans l’œuvre érotico-sentimentale de Solange Kibibi, féministe et transgenre activiste, remue personnages et lecteurs.
L’imposture : celui qui usurpe une identité, s’invente au point d’y adhérer (J.B.Pontalis, 2002) dénote, de fait, un art de tromper sur ce qu’on est. Le jeu déroule une identité fluctuante, insaisissable. L’identité originelle se loge, en permanence, dans une identité d’emprunt.
La démarche chez Solange Kibibi pose la question de l’identité et de l’authenticité intimes. Quelles forces aussi bien conscientes qu’inconscientes poussent à être ce qui n’est pas ou à s’identifier à un leurre avec pour objectif affiché de le faire prendre pour vrai ? Peuvent-ils être saisi comme une affirmation identitaire ou une confusion de l’identité intime ?
C’est à cette série d’interrogations que voudrait répondre cette réflexion. Elle ambitionne de cerner les modes opératoires et l’intentionnalité de l’imposture érotico-sentimentale sous l’angle de la psychanalyse littéraire et de la sémiotique narrative.
Le postulat est que le parti-pris pour la récurrence de l’imposture chez Kibibi peut s’appréhender comme l’expression de la dualité identitaire et un refuge dans une identité permettant d’assurer une cohérence identitaire. Les expressions discursives de l’imposture et l’identité intime sous-jacente en constituent les deux axes.
Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.
Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).
L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :
– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);
– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);
– Plurilinguismes et intertextualités;
– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;
– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.
Titre du colloque :