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Anne-Marie Veillette : University of Pennsylvania
Dans cette présentation, je me questionne sur l’adéquation entre les concepts d’écoféminisme et de féminisme populaire. Pour ce faire, je m’appuie sur les données issues d’une recherche pilotée par la professeure Nilza Rogéria Nunes (service social, PUC-Rio) pour laquelle nous sommes parvenues à cartographier plus de 200 leaders féminines dans les favelas de la région de Rio de Janeiro. Je cherche ainsi à établir si la militance reliée aux questions environnementales chez les femmes des favelas peut être incluse dans la définition que Prof. Nunes et moi-même avons donné du féminisme populaire dans les favelas (Nunes et Veillette, 2021). Les résultats de notre analyse préliminaire montrent que les questions environnementales s’insèrent dans une variété de luttes qui témoignent non seulement d’une perspective intersectionnelle, mais aussi des quatre caractéristiques du féminisme populaire dans les favelas, qui sont les suivantes: (1) forte relation entre les aspects conscients et inconscients de la formation de leur subjectivité politique ; (2) développement de la militance dans la vie quotidienne et articulée à leur rôle de leader communautaire; (3) engagement radical envers la favela ; (4) déploiement selon une temporalité différenciée du reste de la ville. Les résultats indiquent que l’écoféminisme fait partie d’une pratique déjà existante chez les femmes activistes des favelas et qu’elle s’insère dans un engagement politique plus large, soit le féminisme populaire.
Si l’écoféminisme gagne en popularité au sein des sciences sociales, peu de recherches en études urbaines présentent une telle perspective. Pourtant les propositions théoriques et analytiques des écoféminismes offrent des clés de lecture pertinentes afin de se pencher sur les enjeux urbains de notre siècle.
Plus qu’un simple mouvement de protection environnemental porté par des femmes, les écoféminismes recoupent une série de luttes, concepts, théories, éthiques et pratiques favorisant l’émancipation conjointe des femmes et de la nature de la domination masculine. Dans l’imaginaire collectif, l’écoféminisme est généralement associé à des mouvements de luttes socioterritoriales portées par des femmes racisées ou autochtones dans des zones d’extraction de ressources naturelles et où les violations de la Terre-Mère vont de pair avec des violences genrées. Peu d’attention est portée aux multiples manières dont les citadines ont des affiliations avec ces luttes et se mobilisent quotidiennement autour de revendications ou pratiques écoféministes.
Les écologies politiques urbaines ne se sont, quant à elles, que peu intéressées au genre. Insistant sur la ville comme espaces d’inégalités, elles ont laissé dans l’ombre l’agentivité des groupes marginalisés à s’approprier l’espace et à créer les leurs, ainsi que tout un pan des activités humaines relatif à la reproduction sociale, aux émotions et à la corporalité.
En valorisant une compréhension relationnelle de l’espace et encourageant l’adoption d’une approche intersectionnelle et multiscalaire, une perspective écoféministe des urbanités éclaire ces angles morts et ouvre la voie à l’enrichissement tant des théories que des recherches empiriques en milieu urbain. Se pencher sur les manières dont les écoféminismes nous révèlent et nous racontent une autre histoire de la ville, et de la toile de relations multiples et complexes qui s’y tissent au quotidien, s’avère dès lors non seulement intéressant, mais nécessaire.
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