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Généalogie de l'expression «kretyenvivant» dans Dézafi de Frankétienne

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Chisaki Asano : Université de Montréal

Résumé de la communication

Dézafi de Frankétienne a été reconnu comme une œuvre marquant un tournant dans l’histoire des lettres créoles. Nous allons nous arrêter sur une substitution d’expressions entre les deux versions de l’œuvre. En effet, nous trouvons une transformation de l’expression «vivan dé pié» dans l’édition de 1975 à «kretyenvivan» dans celle de 2002. La critique a interprété cette substitution comme une volonté de l’auteur d’aboutir à «plus d’authenticité ou de lisibilité».

Cependant, nous lisons «chrétiens vivants» et «kretyenvivan» chez d’autres grands écrivains comme Jacques Roumain et Jacques Stephen Alexis. Dans Gouverneurs de la rosée de Roumain et Compère général soleil d’Alexis, les expressions de chrétien vivant / kretyen vivan semblent interchangeables avec des mots tels que les vivants ou les êtres humains. Toutefois, ce choix de mots n’est-il pas plutôt stratégique ? Nous pouvons y lire un syncrétisme du catholicisme et du vaudouisme, par exemple.

Autrement dit, pouvons-nous vraiment affirmer que l’expression «kretyenvivan» dans Dézafi ne traduit que la visée d’authenticité ou de lisibilité ? N’y a-t-il pas d’autres lectures possibles, quand le roman est déjà écrit totalement en créole et dans l’optique de la pensée spiraliste mettant l’accent sur l’obscurité de l’écriture ? Nous proposons d’aborder ces questions en nous référant à l’intertextualité et la généalogie de cette expression dans l’histoire littéraire haïtienne, celle de la Caraïbe et du monde postcolonial.

Résumé du colloque

Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.

Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).

L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :

– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);

– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);

– Plurilinguismes et intertextualités;

– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;

– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 12 mai 2023

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