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Inventivités « kuir » aux extrémités de l’Amérique : repenser les territoires de la recherche-création depuis les pratiques artistiques queer du Chili

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Nicholas Dawson : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

La recherche-création et les théories queer sont, en Amérique latine, souvent perçues avec méfiance, car elles reconduisent des formes épistémologiques d’impérialisme rappelant l’implication des pays du nord dans les dictatures. Plusieurs chercheur·es, artistes et militant·es investissent le potentiel émancipateur de ces modèles de pensée, tout en inventant des stratégies créatives pour identifier les tensions géopolitiques qui se jouent dans cette circulation d’idées souvent inadaptées aux réalités du sud du continent. Au Chili, certain·es artistes décentrent les théories queer grâce à des changements lexicaux et orthographiques – on parle plutôt de « disidencia sexual » (Godoy Vega et Rivas San Martín, 2018; Rivas San Martín, 2020) ou du « kuir » (Díaz et Mijail, 2016; Mijail 2018) –, mais on peine encore à trouver des manières aussi critiques que locales de nommer les pratiques apparentées à la recherche-création. Je propose donc d’étudier les œuvres performatives de Felipe Rivas San Martín (2010) et les ouvrages littéraires de Jorge Díaz (2016; 2021), deux artistes-chercheur·es chilien·nes qui inventent des formes indisciplinées et « kuir » permettant, depuis cette extrémité de l’Amérique, d’habiter autrement le territoire que tente de circonscrire, parfois de manière malhabile, l’expression « recherche-création » au Canada (Loveless, 2019), et de penser cette approche non pas dans une perspective nationale, mais dans une dynamique critique de la circulation des idées.

Résumé du colloque

Les vingt dernières années ont été le théâtre de nombreuses réflexions sur les modalités de cette « nouvelle » méthodologie, de cette « discipline » fuyante et insaisissable qu’est la recherche-création, et aucun consensus ne se dégage de ces décennies d’intelligence collective sinon que la recherche-création échappe à toute tentative de cristallisation définitive. Il semble alors de moins en moins utile de tenter de la définir et de la concrétiser avec une typologie unanime. Les organismes subventionnaires et les universités en signalent la dualité dans leurs définitions officielles – la recherche-création engendre à la fois production de connaissances (recherche) et innovation artistique (création) –, mais n’imposent ni forme ni extrant.

En parallèle, un corpus important de travaux et d’œuvres artistiques, dans le contexte post-humain et de la crise écologique, cherche à décentrer l’être humain pour considérer le non-humain depuis une posture d’altérité redéfinie. La recherche-création contribue, ne serait-ce qu’en bouleversant les paradigmes statiques de production et de mobilisation du savoir, au développement de ces postures que les études post-décoloniales et situées ont rendu possibles. Pensons à Peter Sloterdijk et à sa distinction entre l’allotechnique et l’homéotechnique (voir Domestication de l’Être, 2000), par exemple, ou encore à Marielle Macé, qui appelle à envisager une « biophilie » au lieu d’une « biologie » (voir Nos cabanes, 2019).

Ce colloque ne cherche pas à enfoncer des portes ouvertes; les interventions qu’il suscite s’attardent à penser les divers chemins de la recherche-création d’une manière attentive aux enjeux sociaux, culturels et politiques qui découlent d’une telle démarche.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 12 mai 2023

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