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Alejandra Uribe-Albornoz : Université de Montréal
Les cartes sont des témoins visuels de la distribution spatiale changeante des écosystèmes. Au fur et à mesure que de nouvelles technologies sont développées et que de nouvelles données sont mobilisées, la communauté scientifique et les décideurs (re)cartographient différents écosystèmes afin de stimuler les meilleures pratiques de gestion et de permettre de mieux identifier et cibler les régions à prioriser pour leur conservation et leur exploitation. Au fil de ces révisions surviennent dans certains cas des décalages apparents entre les anciennes et les nouvelles limites d’écosystèmes donnés. Cette présentation emploie l’étude de cas des páramos de Colombie, qui ont été cartographiés à trois reprises entre 2007 et 2016, pour faire saillir ces ‘espaces aux interstices’ qui ont été inclus ou exclus dans la cartographie et ensuite exploités en conséquence. Dans ce contexte, les cartes sont des objets qui condensent l’ensemble de la culture matérielle employée pour les produire (p. ex. les images satellites, les études scientifiques, les lieux d’entreposage des données). D’un autre côté, malgré une apparente neutralité, je souligne que les cartes (re)produisent les impacts humains sur l’environnement car elles incarnent les concepts scientifiques, économiques et politiques qui justifient leur production. Cette condition double est ce qui fait des cartes des artéfacts de l’Anthropocène qui aident au final à concrétiser cette nouvelle ère géologique tracé par tracé.
Inondations, vagues de chaleur, feux dévastateurs, ouragans plus fréquents et plus puissants, fontes des glaciers – les dérèglements climatiques et leurs conséquences dramatiques prennent de plus en plus de place dans l’actualité tandis que l’érosion de la biodiversité et la déstabilisation des cycles de l’azote ou du phosphore se poursuivent à bas bruit. Chaque fois, les activités humaines se révèlent être l’un des principaux moteurs de ces bouleversements sans précédent. Or, depuis plusieurs années maintenant, la notion d’Anthropocène s’est imposée, dans les médias comme dans le champ scientifique, pour rendre compte de cette époque nouvelle qui est la nôtre et qui se caractérise par l’impact de plus en plus visible des activités humaines sur la surface planétaire. Ce concept, popularisé au tournant du siècle par le chimiste Paul Crutzen et le biologiste Eugene Stoermer, suscite pourtant de nombreux débats, que ce soit quant à sa définition exacte, son point de départ, ses enjeux sociaux et politiques, ou son utilisation à l’extérieur des cercles universitaires. S’il n’est pas encore validé par les géologues en charge de qualifier les unités chronostratigraphiques pouvant être identifiées dans les couches sédimentaires, il est déjà fortement remis en question, en particulier du côté des sciences humaines et sociales, du fait de sa nature trop imprécise et de sa visée trop apolitique. Des voix s’élèvent ainsi déjà pour annoncer l’obsolescence programmée de ce concept. C’est dans ce contexte que nous nous proposons de réunir des chercheur·e·s francophones de différents champs disciplinaires (géographie, anthropologie, biologie, philosophie, histoire), tant celles et ceux qui portent un regard critique sur le concept d’Anthropocène que celles et ceux qui en étudient les diverses manifestations, afin de réfléchir, collectivement, à la pertinence, aux limites, aux enjeux, voire même au possible dépassement du concept, essentiellement interdisciplinaire, d’Anthropocène.
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