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Delphine Ditecco : Carleton University
Quels types de plaisirs sont commercialisables ? En analysant les discours sur la « sextech », cette présentation considère comment certains plaisirs sont construits comme acceptables ou non acceptables à travers la commercialisation et la marchandisation.
Au cours des dernières années, le concept de la «sextech» gagne en popularité dans le milieu académique, les médias, et sur le marché consommateur. Pour mieux comprendre le concept, j’ai tenté de tracer le développement et la définition du terme. Ma recherche a relevé une dichotomie intéressante: d'un côté la « sextech » est présentée comme un outil émancipatoire qui va révolutionner la sexualité et le plaisir sexuel, de l'autre, la « sextech » est aseptisée par sa construction comme outil de « santé et bien-être » et par sa ségrégation de la pornographie et des plaisirs « vulgaires ». Je propose que l'industrie de la sextech promeut une rhétorique où seules certaines formes de plaisir sont privilégiées comme « féministes » et « émancipatoire », à l’exclusion d’autres plaisirs et de communautés importantes.
Qu’est-ce que le plaisir sexuel ? Quels sont ses facteurs d’influence ? Comment les gens en font l’expérience ? Comment en discuter ? Comment le promouvoir sans verser dans l’injonctif ? Les médias et Internet véhiculent un alliage d’informations d’un point de vue autant spécialiste que profane, commercial et consumériste pour améliorer sa sexualité, ses relations et sa santé sexuelle. Or, parmi ces informations, peu traitent du plaisir, du désir et de l’excitation de manière réaliste, concrète et ancrée dans le vécu des gens (Kleinplatz, 2013). Sur le plan scientifique, bien que l’Organisation mondiale de la santé reconnaisse le plaisir sexuel comme composante importante de la santé sexuelle, force est de constater que très peu d’études s’y intéressent. En effet, le manque de recherches et de publications scientifiques portant sur les aspects gratifiants et agréables du potentiel érotique humain est documenté, et cette tendance semble se maintenir dans le temps. Comme le mentionnent Tolman, Bowman et Fahs (2014), « ironiquement, les recherches sur la sexualité s’intéressent peu au sexe; ce que les gens font, pensent et ressentent lorsqu’ils expriment un ressenti sexuel ou utilisent leurs corps de façon sexuelle sont très rares » (p. 760, traduction libre). Plus récemment, Jones (2018) note l’absence du plaisir sexuel comme sujet d’étude empirique; la majorité des articles publiés sur la sexualité humaine s’inscrivent dans une vision déficitaire, pathologique, médicalisante et axée sur les risques et la victimisation sexuelle. Devant ces constats, le but de ce colloque est de rassembler chercheur·se·s, clinicien·ne·s, groupes communautaires, théoricien·ne·s et personnes étudiantes qui travaillent à diverses facettes du plaisir sexuel, et de discuter d’avenues de collaborations et de recherches ultérieures innovantes sur cet aspect crucial de la santé sexuelle.
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