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La littérature underground africaine

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Françoise Naudillon : Université Concordia

Résumé de la communication

Les genres populaires font «mauvais genre». En ce qui concerne par exemple les littératures dites francophones, on n’en étudie que la pointe de l’iceberg, et à côté des grands monuments érigés pour un Aimé Césaire, un Mohamed Dib ou un Ahmadou Kourouma, tout un pan de la création littéraire du Continent est ignoré voire méprisé, relégué à l’obscurité. Pourtant, comme les plantes ont besoin d’un terreau fertile, ce qu’on appelle les «grandes œuvres littéraires» sont dans une relation d’interdépendance avec ces autres créations, mal écrites ? autopubliées ? soupçonnées de plagiats ? Les littératures populaires ou paralittératures apportent cependant plusieurs bénéfices : en inventant, créant des lecteurs et des habitudes de lecture, facilitant une certaine fidélisation du lecteur qui se reconnaîtrait dans une production littéraire créée à sa mesure, en ouvrant le débat sur des réalités culturelles sociales et collectives. Les romans mis en avant par la FNAC par exemple n’ont pas de prime à bord leur place dans l’horizon d’attente moyen du jeune congolais de Kinshasa abonné au système D. Mais de quelles publications parle-t-on? La blogueuse d’origine gabonaise Izuwa présente un palmarès bien différent de celui de la FNAC intitulé : «La littérature underground africaine». Cette communication s’attachera à définir cette littérature en prenant l’exemple de la République du Congo.

Résumé du colloque

Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.

Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).

L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :

– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);

– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);

– Plurilinguismes et intertextualités;

– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;

– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 12 mai 2023

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