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Étienne Gariépy-Girouard : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Le concept d’Anthropocène est couramment mobilisé afin de caractériser l’époque durant laquelle les activités humaines deviennent le principal moteur de l’évolution du système Terre. L‘approche de la sociogéomorphologie invite toutefois à dépasser cette définition en ajoutant qu’il implique une gamme d'interactions complexes entre des processus biophysiques et sociaux. Elle reconnait notamment leur coproduction des paysages terrestres, qui est cristallisée dans une trajectoire ni réellement naturelle, ni totalement anthropique.
Cette communication montrera comment la sociogéomorphologie permet d’approfondir et de documenter ces interactions dans le contexte de la construction et de l’évolution des cours d’eau.
Inondations, vagues de chaleur, feux dévastateurs, ouragans plus fréquents et plus puissants, fontes des glaciers – les dérèglements climatiques et leurs conséquences dramatiques prennent de plus en plus de place dans l’actualité tandis que l’érosion de la biodiversité et la déstabilisation des cycles de l’azote ou du phosphore se poursuivent à bas bruit. Chaque fois, les activités humaines se révèlent être l’un des principaux moteurs de ces bouleversements sans précédent. Or, depuis plusieurs années maintenant, la notion d’Anthropocène s’est imposée, dans les médias comme dans le champ scientifique, pour rendre compte de cette époque nouvelle qui est la nôtre et qui se caractérise par l’impact de plus en plus visible des activités humaines sur la surface planétaire. Ce concept, popularisé au tournant du siècle par le chimiste Paul Crutzen et le biologiste Eugene Stoermer, suscite pourtant de nombreux débats, que ce soit quant à sa définition exacte, son point de départ, ses enjeux sociaux et politiques, ou son utilisation à l’extérieur des cercles universitaires. S’il n’est pas encore validé par les géologues en charge de qualifier les unités chronostratigraphiques pouvant être identifiées dans les couches sédimentaires, il est déjà fortement remis en question, en particulier du côté des sciences humaines et sociales, du fait de sa nature trop imprécise et de sa visée trop apolitique. Des voix s’élèvent ainsi déjà pour annoncer l’obsolescence programmée de ce concept. C’est dans ce contexte que nous nous proposons de réunir des chercheur·e·s francophones de différents champs disciplinaires (géographie, anthropologie, biologie, philosophie, histoire), tant celles et ceux qui portent un regard critique sur le concept d’Anthropocène que celles et ceux qui en étudient les diverses manifestations, afin de réfléchir, collectivement, à la pertinence, aux limites, aux enjeux, voire même au possible dépassement du concept, essentiellement interdisciplinaire, d’Anthropocène.
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