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Matthew Peros : Université Bishop's
Les paléocologistes, c’est-à-dire les chercheurs qui étudient les environnements et écosystèmes passés à travers différents proxys comme le pollen, le charbon et les graines, ont mené la charge pour aider à définir, dater et catégoriser l’Anthropocène . Malgré ces efforts, des désaccords persistent dans le monde paléocologique et paléoenvironnemental quant à l’Anthropocène, particulièrement en ce qui concerne son point de départ, quels sites le document au mieux et même si l’on devrait mobiliser du capital de recherche pour explorer ces questions. Cette présentation a donc pour but de fournir une synthèse des outils et perspectives paléoécologiques pertinents pour ces questions ouvertes. En particulier, je souligne les tensions inhérentes aux débats opposant les modèles d’un Anthropocène ‘récent’ ou ‘ancien, comment les paléoécologistes ont contribué à ceux-ci et ce qu’une perspective fondée sur le long terme y apporte. De plus, j’explore le concept de la « nature comme agent » (Smith 2023) développé dans des recherches sur les désastres naturels menées conjointement avec mes étudiants et mes collaborateurs, afin d’explorer l’idée que même quand l’activité humaine a des impacts profonds et croissants sur l’environnement, de nombreux phénomènes naturels (p. ex., tsunamis, incendies, tempêtes) peuvent tout de même surpasser la capacité d’adaptation de l’humanité; l’exemple récent du séisme en Turquie et en Syrie en février 2023 en est un exemple probant.
Inondations, vagues de chaleur, feux dévastateurs, ouragans plus fréquents et plus puissants, fontes des glaciers – les dérèglements climatiques et leurs conséquences dramatiques prennent de plus en plus de place dans l’actualité tandis que l’érosion de la biodiversité et la déstabilisation des cycles de l’azote ou du phosphore se poursuivent à bas bruit. Chaque fois, les activités humaines se révèlent être l’un des principaux moteurs de ces bouleversements sans précédent. Or, depuis plusieurs années maintenant, la notion d’Anthropocène s’est imposée, dans les médias comme dans le champ scientifique, pour rendre compte de cette époque nouvelle qui est la nôtre et qui se caractérise par l’impact de plus en plus visible des activités humaines sur la surface planétaire. Ce concept, popularisé au tournant du siècle par le chimiste Paul Crutzen et le biologiste Eugene Stoermer, suscite pourtant de nombreux débats, que ce soit quant à sa définition exacte, son point de départ, ses enjeux sociaux et politiques, ou son utilisation à l’extérieur des cercles universitaires. S’il n’est pas encore validé par les géologues en charge de qualifier les unités chronostratigraphiques pouvant être identifiées dans les couches sédimentaires, il est déjà fortement remis en question, en particulier du côté des sciences humaines et sociales, du fait de sa nature trop imprécise et de sa visée trop apolitique. Des voix s’élèvent ainsi déjà pour annoncer l’obsolescence programmée de ce concept. C’est dans ce contexte que nous nous proposons de réunir des chercheur·e·s francophones de différents champs disciplinaires (géographie, anthropologie, biologie, philosophie, histoire), tant celles et ceux qui portent un regard critique sur le concept d’Anthropocène que celles et ceux qui en étudient les diverses manifestations, afin de réfléchir, collectivement, à la pertinence, aux limites, aux enjeux, voire même au possible dépassement du concept, essentiellement interdisciplinaire, d’Anthropocène.
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