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Éric Pineault : UQAM - Université du Québec à Montréal
Les efforts de modélisation des trajectoires de transition vers la carboneutralité ont historiquement peu tenu compte de la différenciation structurelle de la société. Par exemple, la plupart des modèles présuppose l'homogénéité de l'unité d'analyse "ménage", l'économie se divise en sous secteurs d'activités, mais les modèles ne tiennent pas compte d'écart de pouvoir entre les entreprises, ni de l'impact différencié de l'impératif de croissance sur leurs stratégies d'accumulation. La conflictualisation sociale de la transition et la question de la latence culturelle comme déterminant du rapport des individus à la transition, demeurent difficiles à intégrer dans ces modèles. Ce sont des questions qu'aborde l'analyse de structures socio-écologiques (Socio-Ecological Structure Analysis) des sociétés en transition (Eversberg et al. 2021). Cette analyse s'intéresse autant à la position relative des acteurs dans les structures sociales (source d'inégalités socio-économiques), aux identités collectives et à la capacité d'action collective différenciée (source de conflit), ainsi qu'aux représentations sociales des rapports sociétés nature qui émergent de l'expérience de cette positionalité (source de latence culturelle). L'intégration de certaines dimensions de l'analyse de structures socio-écologiques permettrait d'affiner les efforts de modélisation.
L’objectif de carboneutralité à l’horizon 2050 adopté par le Canada implique une transformation en profondeur de son système énergétique. Qu’il s’agisse de la production, du transport, du stockage ou de l’utilisation de l’énergie sous toutes ses facettes, l’ensemble des éléments du système énergétique doit être repensé. La complexité ainsi que l’ampleur des coûts et des choix nécessaires pour réussir cette transformation, de même que l’échéancier serré qui y est associé, nécessitent une analyse en profondeur afin de limiter les erreurs. Ce besoin est encore plus grand si l’on veut s’assurer que les investissements et les efforts qui y seront consentis permettront de progresser tant sur le plan énergétique que sur d’autres enjeux de société.
Dans ce contexte, la modélisation peut s’avérer un outil puissant pour explorer ces choix. Toutefois, si les modèles énergétiques et sectoriaux développés au cours des dernières décennies réussissent à évaluer avec une certaine précision l’impact des modifications à la marge du système énergétique actuel, la plupart de ceux-ci, qu’ils soient techniques, économiques ou sociaux, ne sont pas développés pour projeter correctement les diverses trajectoires de décarbonation profondes que l’on peut vouloir tester.
Ainsi, les modèles économiques et technico-économiques s’appuient sur des paramètres historiques dont la pertinence doit être remise en doute devant l’ampleur et le rythme des transformations. De plus, les modèles sectoriels, que ce soit en transport, en bâtiment ou pour des industries particulières, ciblent davantage la livraison du service que la transition énergétique. Finalement, ces modèles peinent à intégrer les changements de comportements, les rapports sociaux et autres enjeux extérieurs au système énergétique, bien qu’ils soient tout aussi déterminants pour celui-ci.
Ce colloque, organisé conjointement par le tout nouveau Carrefour de modélisation énergétique et l’Institut de l’énergie Trottier, vise à rassembler des chercheurs en sciences pures et appliquées, en sciences sociales et en économie pour discuter des enjeux liés au développement des modèles nécessaires pour accompagner le Canada vers la carboneutralité et élaborer des pistes pour avancer rapidement vers des solutions applicables, venant en appui aux décideurs.
Titre du colloque :