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Benoit Jodoin : UQAM - Université du Québec à Montréal
ans les discours critiques en arts visuels, la recherche-création fait souvent l’objet de tirs croisés. Elle y est parfois simplement ignorée, décrite à mots couverts comme scolaire, associée à la période de formation de l’artiste, ou dominée par des impératifs extra-esthétiques (Bruneau, Villeneuve et Burns 2007). Il est toutefois marquant de constater à quel point ce qu’elle mobilise définit l’art contemporain. Du process art à l’art conceptuel, de la performance à l’art communautaire, ses grands principes trouvent écho dans la manière dont la recherche-création est aujourd’hui théorisée en Amérique du Nord et en Europe (Loveless 2012 ; Knowles et Cole 2008 ; Nelson 2006 ; Sullivan 2006). Prenant comme point de réflexion la pratique artistique de Kader Attia, il s’agira dans cette communication d’identifier les points de croisement entre certains principes de la recherche-création et les grands motifs de l’art contemporain tels qu’identifiés par la critique (méthodes processuelles de création, centralité des préoccupations éthiques, infinitude des formes, traitement expérientiel, pluriel et fragmentaire de la vérité,hybridation des genres et des registres, etc.) tout en mettant l’accent sur un point derencontre. L’artiste se voit attribuer le rôle de mettre la théorie en pratique, de la faire passer dans la culture, reprenant à de nouveaux frais le vieux rêve de Marx, réinventé à une autre époque par Antonio Gramsci : transformer le monde par la théorie.
Les vingt dernières années ont été le théâtre de nombreuses réflexions sur les modalités de cette « nouvelle » méthodologie, de cette « discipline » fuyante et insaisissable qu’est la recherche-création, et aucun consensus ne se dégage de ces décennies d’intelligence collective sinon que la recherche-création échappe à toute tentative de cristallisation définitive. Il semble alors de moins en moins utile de tenter de la définir et de la concrétiser avec une typologie unanime. Les organismes subventionnaires et les universités en signalent la dualité dans leurs définitions officielles – la recherche-création engendre à la fois production de connaissances (recherche) et innovation artistique (création) –, mais n’imposent ni forme ni extrant.
En parallèle, un corpus important de travaux et d’œuvres artistiques, dans le contexte post-humain et de la crise écologique, cherche à décentrer l’être humain pour considérer le non-humain depuis une posture d’altérité redéfinie. La recherche-création contribue, ne serait-ce qu’en bouleversant les paradigmes statiques de production et de mobilisation du savoir, au développement de ces postures que les études post-décoloniales et situées ont rendu possibles. Pensons à Peter Sloterdijk et à sa distinction entre l’allotechnique et l’homéotechnique (voir Domestication de l’Être, 2000), par exemple, ou encore à Marielle Macé, qui appelle à envisager une « biophilie » au lieu d’une « biologie » (voir Nos cabanes, 2019).
Ce colloque ne cherche pas à enfoncer des portes ouvertes; les interventions qu’il suscite s’attardent à penser les divers chemins de la recherche-création d’une manière attentive aux enjeux sociaux, culturels et politiques qui découlent d’une telle démarche.
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