Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Julie Talbot : Université de Montréal
Les géographes, particulièrement des disciplines traditionnellement associées à la géographie physique, se spécialisent souvent sur l'étude des impacts des activités humaines sur l’environnement physique planétaire. Or, l’impact des activités de recherche sur l’environnement est abordé plus ouvertement depuis les dernières années, particulièrement au sein des milieux académiques. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) dues à la mobilité académique ont ainsi fait l’objet de quelques travaux de recherche récents, et le constat est sans équivoque : le chercheur moyen émet beaucoup plus de GES que la moyenne per capita de son pays. En réponse à ce manque de sobriété énergétique, des institutions incitent leurs membres à voyager moins, à l’aide d’une panoplie de politiques plus ou moins contraignantes. Les travaux de terrain contribuent généralement une proportion moindre des émissions de GES dues à la recherche que les conférences. Cependant, l’établissement de règles contraignantes strictes sur la mobilité inquiète certains géographes dont la recherche dépend de migrations aéroportées vers des sites d’étude situés loin de leur institution d’attache. Cette contribution ne vise pas à discuter du concept d’anthropocène, mais à questionner le rôle du chercheur comme moteur de l’anthropocène, en dressant un portrait des activités de terrain et de leurs impacts environnementaux chez les géographes canadiens et en abordant les dilemmes éthiques liés à la mobilité académique.
Inondations, vagues de chaleur, feux dévastateurs, ouragans plus fréquents et plus puissants, fontes des glaciers – les dérèglements climatiques et leurs conséquences dramatiques prennent de plus en plus de place dans l’actualité tandis que l’érosion de la biodiversité et la déstabilisation des cycles de l’azote ou du phosphore se poursuivent à bas bruit. Chaque fois, les activités humaines se révèlent être l’un des principaux moteurs de ces bouleversements sans précédent. Or, depuis plusieurs années maintenant, la notion d’Anthropocène s’est imposée, dans les médias comme dans le champ scientifique, pour rendre compte de cette époque nouvelle qui est la nôtre et qui se caractérise par l’impact de plus en plus visible des activités humaines sur la surface planétaire. Ce concept, popularisé au tournant du siècle par le chimiste Paul Crutzen et le biologiste Eugene Stoermer, suscite pourtant de nombreux débats, que ce soit quant à sa définition exacte, son point de départ, ses enjeux sociaux et politiques, ou son utilisation à l’extérieur des cercles universitaires. S’il n’est pas encore validé par les géologues en charge de qualifier les unités chronostratigraphiques pouvant être identifiées dans les couches sédimentaires, il est déjà fortement remis en question, en particulier du côté des sciences humaines et sociales, du fait de sa nature trop imprécise et de sa visée trop apolitique. Des voix s’élèvent ainsi déjà pour annoncer l’obsolescence programmée de ce concept. C’est dans ce contexte que nous nous proposons de réunir des chercheur·e·s francophones de différents champs disciplinaires (géographie, anthropologie, biologie, philosophie, histoire), tant celles et ceux qui portent un regard critique sur le concept d’Anthropocène que celles et ceux qui en étudient les diverses manifestations, afin de réfléchir, collectivement, à la pertinence, aux limites, aux enjeux, voire même au possible dépassement du concept, essentiellement interdisciplinaire, d’Anthropocène.
Titre du colloque :
Thème du colloque :