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Le polar "engagé" au Maghreb comme miroir socioculturel et politique à l'âge néolibéral : 1988 au nouveau millénaire

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Valerie Orlando : University of Maryland

Résumé de la communication

De plus en plus dans les nations africaines postcoloniales « la police... [est devenue] le symbole le plus commun de l’autorité gouvernementale dans la vie quotidienne » pour maintenir les dictatures et les régimes autoritaires. [i] Cette présentation s’intéresse aux romans policiers (polars) écrits depuis la fin des années 1980 à nos jours par des auteurs en Algérie et au Maroc qui se servent du genre pour répondre à l’autorité et à la brutalité de leurs pays. Cette présentation examinera également les influences de la fiction policière américaine, britannique, et française sur les perspectives des auteurs et comment le polar a été fructueux pour explorer certaines périodes violentes dans ces deux pays. Ces périodes s’étendent spécifiquement des années 1980 à nos jours et comprennent le régime répressif et brutal du roi Hassan II du Maroc, connu comme les Années de plomb (1963-1999), et les émeutes et les élections contestées au début des années 1990 en Algérie qui ont finalement conduit le pays à la guerre civile (1992-2000, une époque connue sous le nom « La Décennie noire »). Le roman policier en tant que genre a aidé des auteurs tels que les Marocains Driss Chraïbi (notamment Inspecteur Ali écrit dans les années 1980 et 1990) et Miloudi Hamdouchi (L’Appel des ténèbres : Policier, 2008), et le célèbre Algérien Yasmina Khadra (Les Agneaux du Seigneur, 1998) à analyser les climats sociopolitiques violents de ces époques dans leurs pays.

Résumé du colloque

Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.

Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).

L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :

– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);

– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);

– Plurilinguismes et intertextualités;

– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;

– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 12 mai 2023

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