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L'écriture oblique dans les «polars» de Driss Chraïbi : «rire et faire rire»

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Mohamed Aït-Aarab : Université de La Réunion

Résumé de la communication

Après la polémique du Passé simple (1954) et 30 années d’exil en France, Driss Chraïbi retrouve, avec la bénédiction des autorités marocaines, la terre natale en 1986. Le séjour qui devait durer deux semaines, le temps du tournage d’un documentaire pour la télévision nationale, se prolonge pendant un an et demi. Lors de ce séjour, germe l’idée de faire de l’inspecteur Ali – personnage apparu en 1981 dans Une enquête au pays – le héros récurrent d’une série de romans policiers que Chraïbi publie entre 1991 et 1997 : L’Inspecteur Ali (1991), Une place au soleil (1993), L’Inspecteur Ali à Trinity College (1996) et L’Inspecteur Ali et la C.I.A. (1997).

Le choix d’un genre populaire, accessible à tous, mais où l’ironie peut se déployer, tel est le stratagème utilisé par le romancier pour évoquer un pays qu’il redécouvre, un pays encore traumatisé par les « années de plomb » consécutives à la double tentative d’assassinat du roi Hassan II, mais déjà travaillé par l’ouverture démocratique qui caractérise les dernières années du règne hassanien.

Nous souhaitons, dans cette communication, analyser l’écriture oblique qui caractérise les cinq romans de notre corpus dont le point de convergence réside dans l’absence d’intrigue policière. En effet, la trame fondamentale, comme le dit Chraïbi, « c’est l’enquête sur le pays où va se dérouler l’action », un pays où l’inspecteur Ali devient le grain de sable qui fait dysfonctionner le système et les croyances établies.

Résumé du colloque

Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.

Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).

L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :

– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);

– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);

– Plurilinguismes et intertextualités;

– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;

– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 12 mai 2023

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