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Samia Langar : Université Lumière-Lyon-II
« L’art en général ne rend pas plus libre. Il faut en finir avec l’image selon laquelle l’artiste serait par essence subversif. Simplement, les pratiques artistiques et les expériences esthétiques définissent des formes de partage du sensible qui bouleversent les formes dominantes de l’expérience sensible » (Rancière, 2022). Cette déclaration de Jacques Rancière, pourrait sembler décourager les convictions sur lesquelles reposent les pratiques éducatives visant l’émancipation par la voie de l’art et des pratiques artistiques. Tout au contraire, nous y voyons une incitation à mieux clarifier ces convictions, et à mettre à jour les solides fondements théoriques sur lesquels elles reposent.
Cette communication voudrait être une contribution à ce travail théorique, dans le sillage des travaux d’Alain Kerlan (2021). Un retour réflexif sur des recherches consacrées à des résidences artistiques en milieu scolaire (Kerlan, Carraud, Choquet, Langar 2015) ainsi qu’à des domaines artistiques, ici le hip-hop (Langar, 2021) permet de dégager à titre d’hypothèses cinq lignes d’analyse susceptibles de rendre compte des potentiels émancipateurs des pratiques artistiques : 1) la dimension de reconnaissance ; 2) l’enjeu du « partage du sensible » ; 3) la subjectivation comme enveloppement de l’individuel et du collectif ; 4) La refondation du commun ; 5) L’autonomie de l’art et de son langage. Elles seront présentées et réfléchies dans leur portée émancipatrice.
Ce colloque porte un regard sur l’art comme vecteur de transformation sociale. Alors que l’art revendique un rôle d’acteur public pleinement impliqué dans les débats sociaux (Ardenne, 2019; Cauquelin, 2018; Heinich, 2014; Fourmentraux 2012; Lamoureux et Uhl, 2018; Zask, 2014), il devient un moyen de connaissance et d’action abordant diverses questions socialement vives (Ardenne, 2009; Lamoureux, 2005; Ramade, 2015; Trudel et Fortin, 2022) qui suscitent des controverses, attisent des émotions, mettent en concurrence des représentations et des intérêts divergents, interrogent les systèmes de valeurs (Audigier, 2007; Legardez et Simonneaux, 2006). Les éditions précédentes de ce colloque avaient précisé de quelle manière ce nouveau paradigme artistique fournit un terreau fertile pour l’éducation (Kerlan et Langar, 2015; O’Farrell et Kukkonen, 2017), favorisant l’enrichissement d’une panoplie d’« éducations » à la citoyenneté, à l’antiracisme, à l’inclusion, à la démocratie, à l’environnement, etc.
Alors que les universités québécoises s’engagent dans une refonte majeure des programmes de formation à l’enseignement au regard d’un nouveau référentiel de compétences professionnelles (Québec, 2020), l’édition de 2023 de ce colloque a pour but de considérer des recherches émergentes pouvant inspirer la mise en œuvre, dans l’éducation scolaire, d’axes de formation transversaux ancrés dans les réalités sociales contemporaines, plus spécifiquement, comment les arts et la littérature peuvent-ils favoriser la prise de conscience, l’acquisition de connaissances, l’adoption de valeurs et de comportements susceptibles de répondre aux enjeux sociétaux complexes du XXIe siècle.
Considérant le contexte actuel de renouveau des programmes de formation universitaire, nous nous intéresserons aux recherches pouvant avoir des retombées significatives sur la formation initiale des enseignantes et enseignants des domaines des arts et des langues du Programme de formation de l’école québécoise.
Titre du colloque :